21 juin 2018

Je n’aime pas les enfants

jouet lapin fuchu

Au moment où le bail de mon petit locataire touche à sa fin et que le pauvre va bientôt se faire virer de force, j’ai déjà 36 raisons de passer pour une mère indigne donc je ne me prive pas d’utiliser ce titre volontairement un peu exagéré pour livrer en vrac les réflexions que je me suis faites ces neuf derniers mois, et même bien avant ça.

Je ne me suis jamais extasiée devant tous les gosses que je croise, même si ça ne m’empêche pas d’en trouver certains mignons. J’ai les nerfs auditifs sensibles et je déteste entendre ces monstres émettre des cris incessants aux fréquences frôlant les ultrasons. J’ai la plupart du temps envie de fuir quand un groupe de jeunes enfants monte dans le train (mais en même temps ça marche aussi pour les ados, et même les vieux car au Japon il faut se les farcir aussi ! XD).

Un des pires métiers pour moi serait sûrement assistante maternelle ou professeur des écoles en petite section. Alors que tant de jeunes filles font du baby sitting, Je n’ai jamais eu l’occasion de garder de très jeunes enfants et je n’ai jamais changé une seule couche de ma vie. Je suis la benjamine de ma famille, et même parmi mes cousins et cousines, j’étais parmi les plus jeunes, donc globalement je n’ai jamais été fréquemment entourée de tout petits. Enfant, J’aimais jouer avec une poupée ou un baigneur simplement pour changer les vêtements, mais dans ma tête ça n’était pas jouer à la maman. Ca n’a pas fait de moi une fana de la mode de toute façon XD.fleurs papillons temple koenji

Je n’ai jamais été vraiment à l’aise avec les petits pas vraiment parce que j’ai peur d’eux, mais plutôt parce que je crains la réaction des adultes face à ce que je pourrais dire ou faire. En fait, je crois que j’ai réalisé très tôt le “pouvoir” qu’a une personne sur un enfant, qu’il s’agisse d’un adulte ou simplement d’un enfant plus âgé. Cela constitue une responsabilité que je ne voulais pas prendre, même très temporairement.

Je n’ai jamais compris les filles qui à 20 ans ou même 25 rêvaient d’avoir un gosse. A cet âge, même si j’avais eu une relation stable et durable, je ne crois pas du tout que j’aurais pensé à faire un enfant dans un proche avenir. Je ne savais pas ce que j’allais faire de moi déjà, je n’allais pas embarquer quelqu’un d’autre dans l’affaire XD. Aujourd’hui encore, je me dis que le rythme biologique des femmes est dans beaucoup de cas complètement en décalage avec le rythme « social ». Moi, en gros, j’ai été fertile pendant quasiment 20 ans sans que ça me serve !

Je ne comprends pas non plus celles qui font un enfant en pensant que ça va sauver leur couple, ou celles qui en font un comme substitut du père qu’elles ne peuvent pas garder. Je n’ai pas de grandes idées sur la signification de la famille, je ne pense pas qu’on doive absolument rester avec quelqu’un une fois qu’on a un enfant avec si on n’est pas heureux, mais ce qui est certain, c’est que pour moi un gosse ça se fait à deux.vitrine peluches tokyo

Je ne me suis jamais extasiée sur les gros ventres des femmes enceintes, je n’ai jamais particulièrement eu envie d’en voir ou d’en toucher. Non pas que je trouve ça dégoûtant comme certaines, mais c’est clair que c’est quelque chose que je n’imaginais pas pour moi. Je ne pense pas avoir jamais eu de problème particulier sur mon identité de femme, mais en fait pendant longtemps je crois que je ne me rendais pas compte de ma possibilité biologique à avoir un enfant (une contraception hormonale prise religieusement pendant de longues années éloigne cette idée, c’est sûr !)

Pourtant si on m’avait demandé, je n’aurais jamais dit que je ne voulais pas d’enfant. C’est juste que je n’étais pas dans une situation où je pouvais m’imaginer en avoir, alors pour moi il n’y avait pas lieu de penser à ça. Tout ce que je savais, c’est que si j’essayais de m’imaginer toute vieille, c’était bien avec une descendance. Je ne veux pas des enfants parce que c’est mignon (on le répète pourtant assez ici, le pays où tout est qualifié de mignon à tort et à travers…), pas parce que je veux pouponner, mais parce que je veux les voir grandir et je l’espère réussir à faire ce que mes parents ont fait. Oui, parce que malgré toutes mes contradictions et mon manque de confiance en moi, j’ai la prétention d’être quelqu’un de bien :D.

Il y a plus d’un an de ça, une collègue qui savait que j’étais mariée (on est au Japon quand même, ici on n’a pas l’indécence de faire des enfants hors mariage :p) m’a demandé si j’avais des enfants. C’est seulement là que j’ai commencé à réaliser que je faisais partie des gens qui pouvaient avoir des enfants. Comment ça, on me voit là comme ça et on se dit que je peux être mère ???chats nakano

Comme j’avais 29 ans quand j’ai décidé de m’engager durablement en restant au Japon et en me mariant, il est évident que la fameuse horloge biologique alliée à cette relation stable ont joué un grand rôle et que j’ai vraiment commencé à me dire qu’un jour, j’aurai des enfants. Enfin déjà un, faut commencer par le début. Mais avant de pouvoir y penser sérieusement il fallait d’abord que je m’adapte à ma nouvelle vie et que voie si elle me convenait vraiment. Et c’est bien sûr à ce moment-là que la question du travail est venue sur le tapis. Comme je l’ai dit, le plan c’était d’abord de trouver un boulot stable que je pourrais garder, mais ça n’a pas marché comme prévu.

Fin 2014, j’ai eu l’impression de me retrouver dans une impasse au niveau professionnel. J’ai cru que j’avais fait assez d’efforts pour vaincre ma timidité et avoir confiance en moi, mais le fait de me retrouver plus ou moins au point de départ m’a fait vraiment douter de pouvoir un jour trouver un travail qui me conviendrait durablement. J’ai accepté le fait qu’on ne puisse pas changer radicalement, mais j’ai réalisé que j’avais besoin d’une autre raison de continuer de faire des efforts. Et les faire pour quelqu’un d’autre en plus de moi me semble être la solution pour continuer à avancer.

Du coup, j’ai décidé de voir ce retour au chômage comme un signe. On avait décidé d’avoir des enfants, peut-être que le moment était venu. Je me suis évidemment demandé si j’étais vraiment prête, si on était vraiment prêts, mais j’ai vite réalisé qu’en fait d’un sens on ne le serait jamais vraiment. On n’est jamais prêt à se faire réveiller 36 fois dans la nuit, voyons ! XD. Aujourd’hui, il est possible d’avoir des enfants de plus en plus tard, et c’est très bien pour celles qui n’ont pas réuni les conditions qu’elles souhaitent avant. Mais vu le boulot que ça représente, je me dis qu’il vaut mieux ne pas trop attendre et pouvoir de nouveau profiter plus de son couple avant d’être trop vieux une fois que les enfants demandent moins d’attention ^^.ours banc kichijoji

Ca n’est pas parce que je ne suis pas habituée aux enfants que je serai une plus mauvaise mère qu’une autre. J’ai sûrement plus à apprendre qu’une autre, mais je compte sur mon bon sens. Je préfère parler de ça que d’instinct maternel, vu que le terme est souvent utilisé à tort et à travers, notamment pour sous-entendre qu’une mère a le mode d’emploi intégré pour n’importe quel bébé alors qu’un père ne peut pas savoir et doit apprendre.

Si je ne m’intéresse absolument pas aux enfants des autres, j’ai déjà pu voir ces dernières années la différence avec les petits apparus dans mon très proche entourage. Ce ne sont pas juste des enfants, ce sont ceux de personnes qui comptent. Et là, depuis mars, je réalise à quel point ça n’a rien à voir quand il s’agit de son enfant. Parce que je suis une des deux personnes désignées « automatiquement » pour avoir toute la responsabilité que je n’ai jamais voulu prendre avec les enfants des autres. Et qu’évidemment, je l’accepte entièrement vu que c’est mon choix. Je suis très forte pour contourner les difficultés et fuir ce qui ne me plait pas, mais je sais que quand je prends une décision moi-même, je sais l’assumer. Je ne me rends pas trop compte à quel point je dis maladroitement ces choses, c’est vraiment pas évident de mettre des mots là-dessus !

Je me voyais plus avoir une fille. Sûrement parce que j’ai deux soeurs mais pas de frère. Mais aussi par rejet de toutes ces mères qui portent leur fils aux nues, qui s’extasient devant celui qu’elles considèrent comme une mini-réplique de leur homme, qui deviennent d’affreuses belles-mères ou qui, plus que les hommes, entretiennent cette détestable idée qu’un fils, c’est forcément supérieur, parce que c’est un héritier, parce que ça transmet son nom ou je ne sais quoi encore. Mais voilà, j’ai été enrôlée dans la team quéquette et je me donne donc pour mission d’apprendre au fiston que ce ne sont pas ses attributs qui l’empêchent de faire de le ménage ou d’aimer cuisiner. Et tant d’autres choses, bien sûr !

J’ai complètement revu mon échelle d’appréciation des événements à venir. C’est à la fois tellement effrayant et tellement excitant que c’est hors catégorie. Il n’y a rien d’autre qui puisse avoir un point de départ si précis et changer tant de choses de manière aussi irréversible. Je n’ai même pas essayé de m’imaginer en détail ce que ça allait être, parce que je sais que ça ne serait forcément pas ce que je peux imaginer. Mais rien que de penser à ma rencontre avec ce petit ingrat qui me donne des coups de talon dans le bide, ça me fait pleurer à moitié !

11 commentaires sur Je n’aime pas les enfants

  1. J’adore quand tu écris ce genre d’articles, je m’y retrouve souvent dans plusieurs points et c’est toujours super bien rédigé^^
    A mon avis, beaucoup de gens n’aiment pas les enfants en général… Les enfants inconnus, qui crient, dérangent, etc, évidemment que c’est difficile à supporter… on est pas programmé pour. Comme tu dis, c’est déjà différent quand ce sont les enfants d’amis ou de frères et soeurs, parce qu’ils représentent une personne à part entière. (Et puis j’apprécie tout aussi peu un enfant qui crie qu’une connasse qui braille sa vie amoureuse dans son téléphone dans le bus, d’ailleurs je préfèrerai être assise à côté d’un enfant calme qu’une personne comme ça, au final tout est une histoire de bruit^^)

    Je suis persuadée que ça doit être différent avec son propre enfant. Déjà on supporte bien qu’il nous donne des coups quand on veut dormir ou qu’il prenne notre vessie pour un dancefloor… (Limite on trouve ça mignon – enfin en tout cas pour ma part, j’ai encore 3 mois pour voir les coups devenir plus forts et probablement moins mignons :p)

    (et c’est marrant, je me suis aussi toujours imaginée avoir une fille en premier… comme ma mère, ma grand-mère & mon arrière grand-mère… je romps la tradition !)

    Je ne sais pas si tu verras ce commentaire avant de partir pour l’hôpital mais en tout cas je pense à toi et j’espère que tout se passera bien !

    • En fait je crois qu’il y a beaucoup de personnes qui ne font pas la différence entre les bébés et les enfants plus grands. Pour moi un nourrisson qui pleure parce qu’il a faim et un gosse de quelques années qui fait un gros caca nerveux et ses parents en ont rien à cirer c’est pas trop la même chose. Je sais bien qu’il y a des gosses difficiles mais parfois c’est flagrant que ce n’est qu’une facette du manque de savoir-vivre en société.
      C’est marrant, moi aussi je pensais que tu aurais une fille, en partie parce que je voyais bien ton mari papa d’une fille ! Enfin mon intuition est un peu pourrie, ça a déjà été prouvé XD.
      Maintenant c’est toi qui est dans la dernière ligne droite, bon courage pour tout ! ^^

      • Tiens c’est marrant, je n’ai jamais reçu de notification de réponse, au final j’ai eu envie de relire ton article à 4 jours de la naissance du bonhomme et j’ai vu que tu avais répondu^^. Le hasard est parfois bien fait! (4 jours n’empêche, ça devient flippant, mais ok, zen, respirer)

        Et oui clairement, un bébé n’a de toutes façons pas la capacité de savoir qu’il embête tout le monde, et ne sait pas exprimer ses besoins autrement… Donc même avec la meilleure volonté du monde, les parents ne peuvent pas toujours le calmer. Par contre j’en ai vu aussi des parents qui n’en avaient rien à foutre, même avec un bébé. Je ne dis pas qu’il faut mettre sa vie entre parenthèses, mais on va souvent dans un resto japonais un peu classe à Dole (avec un chef vraiment japonais quoi), et une fois il y avait un couple, avec un bébé dans un cosi, qui pleurait – sans doute qu’il était fatigué ou autre, il y avait du bruit, de la lumière… mais eux n’en avaient rien à carrer, laissaient le bébé pleurer parterre dans son cosi et continuaient de commander des sushis… Mais pour le coup dans ce genre de situation ça me blase plus pour le bébé que pour mes oreilles.

        Enfin, on verra bien comment je m’en sors avec le mien, mais j’ai tendance à me penser un minimum civilisée alors j’espère que j’arriverai à en faire quelqu’un de pas trop mal^^ J’espère que de ton côté ça se passe bien en tout cas !

  2. J’étais tout comme toi, jamais attiré par les enfants, en plus fils unique et donc assez froid avec des petits.

    Mais tu verras, après avoir eu un enfant, ça te change et tu te surprends à flipper devant une vidéo à la con sur YouTube avec un gamin qui se mange une gamelle, à faire attention aux autres enfants au parc, à discuter avec eux, à te dire comment des gosses peuvent rentrer seuls de l’école dans le noir, etc…

    Tu deviens beaucoup plus sensible (et vieux con ? :D) simplement parce que maintenant tu te dis et si c’était le mien ? :/

    En tout cas bel article, comme d’hab et bon courage pour le bonheur à venir 😉

    • Oh là là, comme si j’avais besoin d’une raison supplémentaire de devenir une vieille conne XD. Enfin pas de problème, j’assume d’être déjà gaga devant cette petite chose qui commence à me sourire :).

  3. Incroyable ! Merci pour cet article que j’aurais presque pu écrire mot pour mot… Ça fait déculpabiliser de voir que d’autres personnes sont dans le même état d’esprit surtout après avoir entendu pendant des années « Et toi, ça te fait pas envie ? » de la part de sa mère à chaque fois qu’un bambin pénétrait dans un cercle de moins de 50m… Et de penser très fort « euh… bof ? » mais de ne pas oser le dire à cause du politiquement correct qui aurait voulu qu’on s’extasie sur la mignonitude de la chose… Comme toi, enceinte du 1er (une fille !) débarquement prévu en février ! J’ai hâte de connaître la suite de tes aventures en tout cas !
    Bon courage pour la dernière (à moins que ce ne soit la première ?) ligne droite !

    • Ca me fait vraiment plaisir de voir que certaines personnes se reconnaissent dans ce que j’écris ! J’espère que tes dernières semaines de grossesse et ton accouchement vont se passer aussi bien que pour moi :). Plein de choses à dire sur ce qui se passe depuis l’arrivée du petit monsieur bien sûr, s’il me laisse les deux mains libres un peu plus souvent je pourrai peut-être écrire ça avant sa majorité XD.

  4. Je n’ai jamais été pressée d’avoir des enfants, je savais que j’en aurais mais je ne savais pas. Puis je me suis marié et plus tard constatant que nous avions une situation stable nous nous sommes dit que si un bébé devait pointer son nez, qu’il serait le bien venu donc nous avons laisser faire les choses toutes seules, mais finalement, bébé se sera installé assez rapidement.^^

    Comme toi je voulais une fille.. j’avais même pleuré quand j’ai vu a l’écho que c’était un garçon et j’avais honte de réagir comme ça, surtout que maintenant j’aime mon fils plus que tout au monde ! <3 Je pense que je voulais une fille a cause de la relation conflictuelle de mère et de mon frère, ça devait me faire peur quelque part.

    A la venue d'un premier enfant, tous les parents ont peur de mal faire, d’être maladroits, mais tout ça ça s'apprend, comme on dit on ne naît pas mère, on le devient 🙂 Je m’inquiète beaucoup de comment faire une fois mon fils la, mais des que je l'ai eu dans les bras, tous mes doutes se sont envolés et tout est venu naturellement.

    Je te souhaite d'avoir un "bon" accouchement et surtout beaucoup de bonheur avec ce petit bout ! 😀

    • Je comprends très bien ce que tu as pu ressentir à l’échographie ! Moi en fait je me suis rendu compte à ce moment que quand je pensais attendre une fille ce n’était pas une intuition mais juste ce que j’avais imaginé pour essayer d’avoir des repères et parce que je pensais que je m’en sortirais mieux comme ça. Mais en fait pas du tout ! Si c’est un garçon il doit bien y avoir une raison ^^. Et en effet, depuis qu’il est là je me pose encore moins de questions !

  5. « Mais voilà, j’ai été enrôlée dans la team quéquette et je me donne donc pour mission d’apprendre au fiston que ce ne sont pas ses attributs qui l’empêchent de faire de le ménage ou d’aimer cuisiner.  »
    Haha, c’est vrai que se sont encore des qualités rares chez les mâles japonais !

    Merci beaucoup, ton article m’a énormément parlé. J’ai passé la barre des 25 ans cette année, et ça y est, j’ai le droit aux réflexion sur le mariage et les enfants de la part de mes amis. Comme toi avant, ce n’est pas que je n’ai pas envie, mais plutôt que mon contexte actuel ne s’y prête pas. Un pied dans les études, l’autre dans la vie professionnelle, et une véritable envie de faire ses preuves.

    En tout cas, je te souhaite plein de bonnes choses pour les années à venir. 🙂

    • Merci pour ton message ! Pour l’instant son père est un bon modèle pour notre prince héritier, pourvu que ça dure !
      J’ai jamais eu de réflexions de la part de mon entourage pendant mes longues années de célibat de la vingtaine et heureusement ! A 25 ans, c’est clair que tu peux sans problème choisir tes priorités alors profites-en ! Ils devraient se rendre compte que si tu es heureuse comme ça c’est très bien et qu’il n’y a pas qu’une manière de faire ^^.

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