22 novembre 2017

La naissance de mon fils et ses premiers jours au Tokyo Adventist Hospital

mame chan

J’ai beaucoup hésité pour le choix du titre de ce billet qui s’annonce très long, et je crois bien que c’est impossible d’être précise sans avoir un titre à rallonge. Je penchais d’abord pour utiliser le terme d’accouchement, mais ça me semblait trop réducteur et j’ai préféré choisir des termes qui concernaient la petite personne qui était avec moi au coeur de cette aventure vu que vous n’aurez que ma version des faits et pas la sienne, même s’il y aura des choses qui seront plus sur moi que sur lui (mais tout est lié !). Tout ça c’était il y a deux ans maintenant, deux ans ce n’est pas rien mais ces semaines et ces mois sont passés en un éclair. J’aurais pu m’atteler à la rédaction de ce billet avant (sous réserve d’avoir rédigé aussi plus tôt mes deux billets sur ma grossesse quand même), mais pas mal de choses m’ont poussée à attendre pour mettre mes idées en ordre et prendre du recul. Aujourd’hui, mon regard sur la naissance d’un enfant a changé de par mon expérience et de par ce que j’ai pu apprendre depuis sur certaines pratiques médicales. Mais cela ne m’a pas aidé à accepter les choses qui ne m’ont pas plu. Au contraire, elles me plaisent encore moins et j’ai maintenant une idée précise de ce que je ne voudrai pas si j’ai un autre enfant. Est-ce que mon accouchement s’est bien passé ? Oui. Est-ce que j’ai eu un gros problème de santé ? Non. Mon fils non plus, il était en excellente forme. Mais ça ne veut pas dire que tout était parfait et que je n’ai pas le droit de dire ce qui ne m’a pas plu. Se contenter de la bonne santé physique de la mère et de l’enfant, c’est passer à côté de trop de choses et on ne devrait plus être là aujourd’hui, quel que soit le pays. Voici donc les débuts de celui qui était Mame-chan et est devenu par la suite Messire quand je parle de lui ici ou sur les réseaux sociaux (mais en vrai, on lui donne dix mille autres petits noms ^^).

Le mercredi 11 novembre 2015, veille de la date prévue du déclenchement, j’ai dû après avoir préparé ma petite valise (j’étais super optimiste, j’avais prévu de la lecture et le matériel pour les faire-parts de naissance !) me résoudre à prendre le chemin de l’hôpital où nous étions attendus pour 15h. Jusqu’au dernier moment, j’ai espéré que Mame-chan se décide à venir tout seul même si je n’étais qu’à 38 SA. Je reste convaincue aujourd’hui que la décision de déclencher mon accouchement deux semaines avant le terme n’était absolument pas justifiée. Même si ma tension était un peu élevée, ce problème ne s’est pas aggravé au contraire, et ni moi ni le bébé n’avions d’autre symptômes préoccupants. En plus, j’ai eu du monitoring les dernières semaines, on aurait très bien pu continuer comme ça encore deux semaines. Je pense simplement que mon obstétricien était complètement obsédé par ma prise de poids et qu’il était persuadé que j’allais mettre au monde un monstre d’au moins 3,5 kilos s’il me laissait aller jusqu’au terme. Le Japonais n’aime pas se retrouver dans une situation imprévue, s’il y a une manière de l’éviter, ça rassure…

Est-ce que j’étais stressée ? Dans le fond, oui, forcément un peu. Mais il peut se passer tellement de choses durant un accouchement que j’avais déjà décidé que ce n’était pas la peine de se prendre la tête parce que je ne pouvais rien faire. S’il y avait le moindre problème, je considérerais que c’était de la faute de l’hôpital car c’est eux qui avaient décidé de me faire subir une procédure que je ne souhaitais pas et qui n’était pas nécessaire. Je me suis demandé ce qui se passerait si on ne venait pas le jour fixé. Est-ce qu’ils m’appelleraient pour me fixer une autre date dans les jours suivants ? Est-ce qu’ils refuseraient de me prendre en charge si j’arrivais une semaine après alors que le travail s’était déclenché de lui-même ? Evidemment c’était un peu trop risqué de vérifier. En tout cas, dans ces conditions, je n’ai pas du tout réussi à voir les avantages de connaître à l’avance la date de mon accouchement. Ca me semblait toujours aussi mauvais de vouloir forcer le Mame à arriver s’il n’avait pas décidé lui-même de le faire.

 

Procédures à mon arrivée à l’hôpital

A notre arrivée, nous avons eu à nouveau quelques papiers à remplir et je suis allée m’installer dans la chambre en face de la salle de travail dans laquelle je resterais jusqu’à ce que le petit monstre soit là. Je me suis changée pour mettre une blouse sexy. On m’avait prévenue qu’il valait mieux apporter un vêtement long pour se couvrir si je voulais avoir l’air à peu près présentable en sortant dans le couloir (attention, ce n’est que le début des détails glamour ! :p). Les festivités n’ont pas tardé à commencer : l’anesthésiste assistée d’une autre personne est venue pour me poser le fameux petit tuyau à la fois souhaité et redouté. Mais pourquoi me faire venir la veille du déclenchement et me faire passer toute une nuit avec un tuyau dans le dos ? C’est évidemment ce que je m’étais demandé quelques mois plus tôt quand on m’avait annoncé l’organisation de l’événement, et même si c’est justifié, ça me gavait à l’avance de savoir que j’allais probablement passer une nuit pourrie. Ne faisons pas durer plus cet insoutenable suspense !

La pose de la péridurale s’est très bien passée, je n’ai eu absolument aucune douleur au niveau du dos. J’ai senti qu’on glissait le petit tuyau, mais ça ne faisait pas du tout mal. Mais ça m’a quand même paru long, parce que j’avais affreusement mal à l’estomac. Après m’avoir emmerdée pendant des semaines, c’était le bouquet final : allongée sur le côté, les jambes remontées le plus possible pour faire le dos rond, et donc mon gros bidon qui poussait sur l’estomac. Ca me faisait tellement mal que c’était dur de ne pas bouger, et évidemment la position n’était pas idéale pour prendre de grandes inspirations -__-. En tout cas, rien à redire pour l’acte en lui-même : on sentait bien que c’est la spécialité des lieux et que l’anesthésiste fait ça à tours de bras tout le long de l’année :D. Petite remarque : je n’avais eu aucun rendez-vous avec l’anesthésiste, j’avais juste rempli un questionnaire au début de mon suivi à l’hôpital.

Une fois l’équipement installé, il était temps de le tester. Oui, déjà ! Je ne sais pas si cela est courant dans d’autres établissements et d’autres pays, mais à Eisei Byôin, on n’injecte pas directement d’ocytocine de synthèse en intraveineuse pour déclencher le travail. On utilise d’abord des laminaires, des algues de la famille du konbu apparemment, pour dilater le col de l’utérus. Et apparemment, comme l’insertion n’est pas particulièrement agréable, ils profitent de l’équipement de la péridurale prévue pour le travail. Alors d’un côté, ça paraît un peu trop (même si j’imagine que la dose d’anesthésique utilisée est beaucoup plus faible que par la suite), mais de l’autre, quand on voit qu’il y a des établissements au Japon et ailleurs qui pratiquent des décollements de membrane sans prévenir… J’ai donc fait une première visite dans une des salles de travail pour cette petite intervention. L’infirmière présente m’a demandé si j’étais tendue, j’ai répondu que oui, un peu quand même. Elle m’a dit : il faut pas s’inquiéter, vous n’êtes pas là parce que vous êtes malade. Ouais, c’est pas faux, mais on a un peu tendance à l’oublier avec tout ça ! Je me répète, le tuyau dans le dos je l’ai voulu, le reste non hein… Voilà c’était fait, avec ça la nuit s’annonçait encore meilleure (je vous passe les détails hein).

Après tout ça il était temps de manger, et vu comment on m’avait bassinée pendant des mois avec ce que je devais mettre et surtout ne pas mettre dans mon estomac, je m’attendais à un repas un peu trop léger à mon goût, et j’avais prévu des petits biscuits Gerblé pour mon séjour (pas question que des crampes d’estomac m’empêchent de dormir !). Mais en fait, le repas était très bien ! (j’y reviendrai plus tard). A 22h, mon homme a dû me laisser (prévoir un endroit pour dormir pour les pères avant ou après la naissance ? Vous rêvez, c’est déjà très bien qu’ils aient le droit d’entrer dans la salle de travail, c’est encore loin d’être le cas dans tous les hôpitaux et cliniques au Japon). Avant l’extinction des feux, le personnel a insisté pour que je mette les bas de contention que j’avais essayé d’éviter un peu avant. La simple idée me donnait chaud aux jambes et je savais que ça allais empirer mon syndrome des jambes sans repos. Mais bon, vu que j’allais passer un certain temps sans marcher, c’était la précaution à prendre. 
feuilles automne japon

 

Les festivités commencent vraiment

Au bout du compte, ce ne sont ni mes jambes, ni mon estomac, ni le tuyau dans mon dos qui m’ont empêchée de dormir. Ca m’a pris un peu de temps, mais j’ai fini par m’endormir… pour me réveiller au bout de deux heures et quelque à cause de douleurs dans le bassin. J’ai rapidement réalisé que je ne pourrais pas me rendormir comme ça, et que ça devenait au contraire de plus en plus fort. Je m’attendais à avoir mal dans le bas du dos ou le bas du ventre, mais en fait c’était vraiment au niveau des hanches, ça tirait affreusement. J’ai fini par appeler, l’infirmière qui est venue a confirmé qu’il s’agissait bien de contractions et qu’elle noterait le début du travail à h du matin. Elle m’a dit qu’il était trop tôt pour l’anesthésie et qu’il faudrait serrer les dents jusqu’au matin, mais que du coup d’ici là le travail devrait bien avancer. Elle m’a montrer comment respirer pour essayer de gérer la douleur, effectivement j’ai vu la différence mais j’ai mis quelque temps à désactiver le mode alerte générale de mon cerveau qui était en mode : c’est pas possible faut que ça s’arrête ! Apparemment, mes contractions ont commencé plus tôt que la moyenne. Une semaine avant, lors de ma dernière visite de suivi, j’avais compris que mon col était déjà un peu dilaté (on ne me l’a pas dit directement bien sûr, ce n’est pas comme si j’étais concernée…). J’aime à penser que Mame-chan avait quand même déjà commencé un petit peu à se préparer et qu’il n’a pas été trop pris de court !

Je ne sais trop comment, j’ai fini par me rendormir, et je ne sais plus trop ce qui s’est passé jusqu’au matin. Quelque part entre 6h et 7h je crois, on est venu m’administrer de l’anesthésiant, retirer les laminaires et vérifier l’avancement du travail.  Et-ce que c’était déjà là que j’étais à 7 cm ? Je ne sais même plus. Je me suis rendu compte depuis que je ne savais même pas non plus à quel moment j’avais perdu les eaux et si on m’avait percé la poche. En tout cas, on ne m’a pas du tout informée d’une telle procédure. Ca fait quand même bizarre de ne pas s’être rendue compte d’un truc aussi basique ! On a contrôlé l’efficacité de l’anesthésie en vérifiant la sensibilité de ma peau au niveau des cuisses ou de l’abdomen. Maintenant que j’avais le produit magique qui arrivait dans mon dos, la matinée s’est passée très tranquillement. J’aurais apprécié un petit déjeuner bien sûr, mais il n’en était pas question. Vu que le taux de césarienne est hyper bas au Japon, que ce soit à Eisei ou dans des hôpitaux qui ont des méthodes plus « classiques » pour l’accouchement, je trouve ces restrictions encore moins justifiées. L’homme est arrivé vers 10h je crois, et il a donc pu passer le reste de la matinée avec moi. 

 

C’est l’heure du grand show

Je ne sais plus du tout combien de fois on est venu vérifier l’avancement du travail. En tout cas, vers 13h30, on nous a annoncé que la tête du Mame était engagée et visible et qu’il était donc temps de le faire sortir de là une fois pour toutes. J’ai donc été emmenée jusqu’en salle de travail, et l’homme a dû me laisser quelques minutes le temps qu’on lui prépare sa petite tenue spéciale (je lui ai demandé, lui ne s’en souvient pas vraiment non plus, l’émotion :D). J’avais encore assez de sensibilité dans les jambes pour pouvoir me déplacer de mon lit à la table en m’appuyant dessus au lieu de rouler laborieusement, pas mal ! :D. J’ai eu la surprise de retrouver ce bon vieux docteur Mangue.  C’est juste parce que c’était un de ses jours où il était dans le service et pas en consultations, parce que quand on avait fixé la date il n’était même pas question de savoir si c’est lui ou pas qui s’occuperait de l’accouchement vu qu’il n’y a aucune volonté de suivi (pour rappel, on avait choisi d’avoir tous les rendez-vous avec lui mais on aurait pu changer de médecin à chaque fois). En gros, aucun effort pour établir une relation médecin/patiente…

La petite minute LOL quand on finit de m’installer sur la table en me calant les jambes  et que docteur Mangue et la soignante qui l’accompagne (une sage-femme ou une infirmière ? on ne nous a pas donné de détails) s’étonnent : Ouah, mais vous avez des jambes suuuuper longues ! :p Ben oui, c’est bien pour ça que sur les échographies le Mame avait des fémurs d’au moins 50 cm de long déjà :p. Trève de plaisanterie, je dois apprendre en 30 secondes chrono comment ils veulent que je pousse et respire, pas vraiment le droit à un essai. On dit à mon autochtone qui est installé à ma tête qu’au moment où je pousse il doit m’aider en levant l’oreiller sur lequel ma tête repose. Honnêtement, c’est plus pour le geste qu’autre chose parce que je doute de la véritable efficacité. De toute façon, il n’est plus à prouver que la position allongée sur le dos n’est pas du tout la meilleure pour l’accouchement, mais je ne m’attendais pas à autre chose… 

La suite a été très très rapide. Quatre séries de poussées peut-être, et le Mame était là. J’ai senti quand ses épaules se sont engagées vers la sortie. Quand docteur Mangue l’a tenu tête tournée vers moi, il avait les yeux grands ouverts et mon coeur s’est serré très fort quand j’ai croisé son regard, à 14h07. Au moins, la péridurale ne l’avait pas assoupi ! Je trouve un peu bizarre de dire que le jour de la naissance de son enfant est le plus beau jour de sa vie, car après ça veut dire quoi pour tous les jours qui restent à passer avec lui, pour la naissance des autres enfants s’il y en a ? Ce qui est certain, c’est que c’est un jour où tout change, et ce coup de foudre au premier regard est ce que je garderai toujours en mémoire de ma rencontre avec mon fils. Son père m’a confié juste après qu’il avait été lui aussi frappé par ce regard curieux !

Et alors, vu tous les kilos que j’avais pris, il pesait combien Messire ? Au moins 8 kilos pour 60 centimètres, non ? 😀 Pas tout à fait non à peine plus de 3 kilos pour 48 centimètres ! Et j’aurais pris trois ou quatre kilos de plus que ça aurait certainement été pareil. Bref, merci les estimations et corrélations à la con. Moi, ce qui m’a surprise, c’est qu’il avait presque pas l’air asiatique. J’avais dans l’idée que pour les métis caucasiens/asiatiques, les traits asiatiques prenaient beaucoup plus facilement le dessus, et je craignais presque qu’on se demande si je n’avais pas kidnappé mon fils s’il ne me ressemblait pas du tout. Mais en fait, Messire a une peau et des cheveux presque aussi clairs et fins que les miens, avec des grands yeux de chat un peu bridés, bien sûr ^^. 

 

Pas à discuter

Les événements qui ont suivi immédiatement n’ont pas été particulièrement drôles. Bien qu’a priori en pleine forme, le petit être tout neuf a été emmené sans avoir le moindre contact avec moi. Je le savais dans le fond que ça se passerait comme ça, je n’avais pas cherché à savoir les détails car je savais que je ne pourrais rien y faire et que ça ne ferait que me mettre en colère d’avance. Non, malgré tous les bénéfices reconnus du peau à peau et de la première tétée le plus tôt possible après la naissance, il vaut mieux s’occuper d’aller le peser, le mesurer et le laver, car c’est beaucoup plus urgent. Pendant ce temps, il me reste d’autres trucs sympa à subir avant de quitter la salle de travail. D’abord l’expulsion du placenta par une énorme pression sur le ventre, que j’ai BIEN sentie malgré l’anesthésie. Et ensuite, je me rends compte que le médecin est en train de me recoudre. Je demande incrédule à mon mari : Quoi ?! Il a coupé ?! Quand ça ?! Il ne l’a même pas dit avant ! Tout avait été tellement vite, j’étai tellement concentrée sur le fait de pousser car j’avais l’impression qu’on allait se mettre à m’engueuler si je le faisais deux secondes trop tôt ou trop tard, que je ne m’étais rendu compte de rien. Mon mari m’a dit qu’en fait il avait prévenu… une seconde avant de couper. Donc aucune demande d’autorisation pour l’acte, une simple déclaration s’adressant aux autres soignants. 

Lors du dernier rendez-vous de suivi, le seul que justement nous n’avions pas eu avec docteur Mangue, j’avais fait demander à l’homme des précisions sur le recours à l’épisiotomie. Mon vocabulaire manquant, j’avais préféré qu’il s’en occupe pour aller à l’essentiel. Le médecin nous avait répondu qu’on le faisait si le bébé était en détresse. Mon fils n’avait aucun problème, ou alors on nous l’a caché ? Cela faisait vingt minutes à tout casser que j’étais dans la salle de travail, j’ai le bassin certainement plus large que la majorité des patientes qui viennent dans cet hôpital, le bébé n’était pas du tout gros contrairement à ce qui avait été tant craint, son périmètre crânien s’est avéré tout à fait normal. En plus, j’avais fait plusieurs choses pour assouplir mon périnée et mettre plus de chances de mon côté d’éviter la déchirure ou l’épisio. Mais ça ne servait à rien, tout simplement parce que c’est la procédure standard. J’ai pu m’en rendre compte à la manière dont le personnel soignant l’a évoqué lors de séances d’information avec les autres mères dans les jours qui ont suivi. C’est pour eux une formalité comme une autre. On n’attend pas de vérifier si une difficulté se présente vraiment vu qu’on a une manière si simple de faciliter tout ça ! Mieux vaut prévenir que guérir ? Sûrement plus facile à admettre quand on n’est pas celui qui se fait charcuter ses parties intimes sans autorisation. Mais le médecin a toujours raison…

J’ai eu le sentiment d’avoir été complètement punie juste parce que j’avais voulu une péridurale. C’est tout ou rien, pas de possibilité d’enlever certaines options du pack. Puisqu’on considère que tu n’es pas capable de pousser correctement, puisqu’on est trop pressé surtout, allez hop couic. J’ai eu l’impression d’être une incapable qui ne pouvait que subir. Cela m’a mise d’autant plus en colère quand j’ai imaginé ce que de telles manières de faire pouvaient avoir comme conséquences quand il y avait réellement un problème lors de l’accouchement. Comment peut-on débuter dans de bonnes conditions pour s’occuper d’un petit quand on se sent si impuissante et coupable, et que le personnel soignant n’a pas du tout les méthodes adéquates pour faciliter l’attachement entre la mère et l’enfant ? Mais attendez, pour ça, le meilleur reste à venir !

En regardant plus tard le carnet de santé, j’ai constaté que sur la page concernant la naissance il n’y avait rien sur l’APGAR, contrairement à ce qui se fait dans les carnets de santé français. Par contre, il y a une rubrique quelques pages plus loin pour indiquer combien de mois après l’accouchement la mère a retrouvé son poids d’avant la grossesse. C’est vrai que c’est vachement plus important. Je m’aperçois qu’il y a tellement de choses dont on n’a pas été informés que j’ai envie de demander mon dossier médical parfois, je me demande à quelle point la procédure est chiante…

feuilles automne japon

 

Repose-toi, voyons !

Je crois qu’on m’a mis une sorte de ceinture avec un poids sur l’abdomen, pour faciliter la remise en place de l’utérus sûrement, mais ce n’était que pour quelques heures. Nous sommes ensuite retournés dans la chambre où j’étais précédemment en attendant que je sois transférée dans celle où j’allais passer les nuits suivantes. Ma belle-mère, qui avait été prévenue par son fils, était arrivée. Elle habite tout près, et comme je l’avait dit elle a mis au monde ses trois fils dans le même hôpital, mais sans la péridurale même si elle se faisait déjà à ce moment. On nous a dit qu’une fois ses examens terminés on nous amènerait le fiston avant qu’il parte pour la nursery. Parce que oui, c’était ça le programme, les détails viendront un peu plus tard. Mon petit ver arrive enfin, on le pose emmailloté à côté de moi. Je suis persuadée que le moment de la première tétée est venu puisqu’on ne l’avait pas laissé faire plus tôt. Et là on nous sort : mais non, il va aller passer la nuit à la nursery et vous viendrez le voir pour l’allaiter demain matin à 5h, on lui donnera un biberon en attendant. Il était 15h30 à tout casser.

Avant de faire exploser mon indignation il faut quand même que je dise rapidement ce que je pensais et savais de l’allaitement à ce moment. Je n’étais pas du tout partante pour allaiter à la base, j’avais eu l’occasion de voir trois amies le faire avec leurs petites dans les années précédentes et je n’avais pas vraiment trouvé ça bizarre, c’est juste que je ne m’y voyais pas moi. Mais voilà, apparemment au Japon on allaite beaucoup plus qu’en France et que dans beaucoup de pays occidentaux, donc je me suis dit OK, je vais essayer, juste parce que je n’ai pas envie de passer pour l’étrangère bizarre. J’avais d’abord eu dans l’idée que le personnel s’acharnait à faire téter le bébé même s’il n’y avait pas assez de lait, mais pour plusieurs raisons incluant ma méconnaissance du sujet, la réalité s’est avérée très différente. Une amie française qui a accouché à l’hôpital de la Croix-Rouge à Tokyo m’avait dit qu’ils proposaient du lait maternisé bien trop vite par rapport au temps que pouvait prendre la montée de lait. C’était également le cas à Eisei Byôin, puissance dix mille même. Je pensais être au pays de l’allaitement malgré ce premier avertissement, tout ce que je savais à part ça c’est qu’il fallait laisser têter le bébé au plus tôt et autant que possible pour favoriser la montée de lait. Quand on m’a annoncé que j’étais supposée attendre plus de DOUZE HEURES pour tenter d’allaiter mon fils, et qu’il allait recevoir automatiquement un biberon même pas par ses parents, mais par le personnel soignant, je suis tombée de très haut, et j’ai tout de suite réalisé que je ne pouvais absolument pas compter sur l’hôpital si je voulais pouvoir me dire : j’ai vraiment essayé d’allaiter, et ça n’a pas marché, et ne pas avoir de regrets, ne pas sentir une nouvelle fois que j’étais incapable. J’ai énormément de choses à dire sur l’allaitement, et cela dépasse beaucoup le cadre des quelques jours à l’hôpital après mon accouchement, j’écrirai un long billet sur le sujet ^^. 

C’était la goutte d’eau qui a fait débordé le vase, je me suis mis à parler très fort en français, parce que mon cerveau a complètement bloquer l’accès au japonais. Heureusement que mon mari et ma belle-mère comprennent le français et ont pu traduire à la pauvre soignante à qui j’avais l’air de faire très peur (alors que je sais bien qu’elle n’était en aucun cas responsable personnellement, c’est juste le système qui est pourri). Mais comment voulez-vous que je me mette à produire du lait si je ne le laisse pas téter et qu’on lui donne du lait maternisé ? C’est n’importe quoi ! On nous a répondu que je devais me reposer toute la nuit pour me remettre de l’accouchement. C’est une blague ? Et après, quand je serai rentrée chez moi avec un bébé qui hurle, que je ne saurais pas s’il a eu assez avec mon lait ou si je dois lui donner un biberon, est-ce que je serai en état de me reposer ?! Ils m’ont stressée pendant six mois à me dire que je mangeais trop, trop salé, et maintenant je devrais me reposer ? Mais la blague ! J’ai insisté pour essayer de faire téter le Mame sur-le-champ, un peu de chaque côté, mais on ne me l’a pas laissé bien longtemps, sous prétexte que je devais être transférée de chambre. J’ai obtenu de pouvoir me rendre à la nursery le soir à 21h si tout allait bien une fois que les effets de l’anesthésie auraient disparu. 

 

Bienvenue à la nursery

Je savais bien sûr depuis longtemps que l’hôpital utilisait le système de nursery, il me semble que c’est le système le plus répandu au Japon. Il est justifié par le fait que les chambres sont la plupart du temps communes (4 ou même 6 personnes dans certains endroits), la chambre individuelle étant plus rare et son prix plus dissuasif (n’oubliez pas que vous ne pourrez même pas compter sur une bonne complémentaire pour couvrir les frais supplémentaires comme ça pourrait être le cas en France). La nursery est donc vue comme un moyen d’aider la nouvelle mère à se reposer, certainement dans la continuité de la tradition japonaise qui veut que la mère et le petit ne quittent pas leur futon dans les 4 semaines suivant la naissance. L’idée se comprend, mais déjà à la base je ne trouvais pas ça folichon. Je me disais que cela comportait le risque de rendre le retour à la maison plus difficile si on n’avait pas du tout le bébé tout le temps avec soi tout en pouvant compter sur la supervision du personnel. Le règlement d’Eisei Byôin autorise apparemment les mères qui ont une chambre privée à avoir leur bébé avec elles au bout d’une ou deux nuits (la durée du séjour étant de cinq ou six nuits) si tout se passe bien. C’est en partie pour ça que j’étais contente qu’on puisse se permettre d’en prendre une. Mais en fait, comme vous allez le voir, je n’ai du coup même pas demandé à profiter de cette possibilité.

En fin d’après-midi, on est venu contrôler que je pouvais bien me lever et marcher seule sans problème. Nickel, absolument aucun effet indésirable suite à la péridurale. J’ai pris un repas bien mérité, et à 21h je me suis rendue comme convenue à la nursery. Pour ça, il fallait que j’aille tout au bout du couloir puis descendre deux étages avec l’ascenseur. A l’entrée, il y avait un interphone et on devait dire notre nom chaque fois qu’on rentrait. Vu ma tête de fille pas du coin, je pense qu’on m’a vite repérée :D. Avec quelques autres mères qui venaient aussi pour la première fois (elles avaient dû accoucher plus tôt dans la journée, je ne suis pas sûre que beaucoup aient insisté comme moi pour venir avant le moment « prévu »), j’ai eu le droit à une petite formation express sur l’organisation des lieux et sur la manière de procéder pour changer les couches. Lavage et désinfection des mains à l’arrivée, récupération du petit paquet, changement de la couche, remplissage de la petite fiche en plastique effaçable pour indiquer s’il y avait du pipi et/ou du caca, et installation pour la tétée.  Un peu plus tard devait s’ajouter la pesée avant et après tétée pour contrôler ce que la petite pompe à lait avait bu. Cela semble bien mais j’ai lu depuis que cette manière de faire avait ses limites. On est supposé venir à heure fixe, toutes les trois heures. On nous dit que sauf avis contraire, entre la dernière visite à 23h et la première à 5h du matin, le bébé aura des biberons de lait maternisé administrés par le personnel. Je demande à ce qu’on me réveille pour que je vienne si le petit monsieur réclame. Ca part d’une bonne intention, mais cette manière de faire est tellement mauvaise ! Mauvaise pour la mise en place de l’allaitement, mauvaise pour créer le lien entre la mère et le bébé. Evidemment que j’aurais aimé pouvoir dormir plus que deux heures de suite la nuit, mais en même temps j’avais envie de voir mon fils, le contraire aurait été inquiétant ! Même si je savais qu’il était entre de bonnes mains, je ne pense pas que j’aurais pu bien dormir. 

La salle d’allaitement attenante à la nursery était composée de rangées de sièges en U avec au centre le nécessaire pour changer et peser les bébés, ainsi qu’un espace protégé pour les déposer en toute sécurité si besoin. On pouvait prendre des coussins pour caler le petit sur nos genoux, et aussi pour s’asseoir car avec la plaie de l’épisio un siège normal ferme ce n’est pas top du tout. On nous conseillait de faire téter le bébé cinq minutes maxi de chaque côté, et de ne pas faire durer chaque session plus de trente minutes. Oui, évidemment, personne a envie d’avoir les seins en sang, mais là encore c’est non. Moi, j’y passais souvent plus d’une heure, car ma petite pompe n’arrêtait pas (ou bien s’endormait un peu évidemment). Et des fois quand j’arrêtais et que j’allais le reposer il n’était pas du tout d’accord. Je n’avais pas de tétine, j’ai essayé d’en utiliser une par la suite à la maison, sans succès. Messire, on l’a pas comme ça. C’est le vrai matos ou rien :p.  Je ne sais plus quand exactement, une des soignantes m’a demandé pourquoi je préférais venir la nuit et que je ne voulais pas qu’on donne de biberon. Je lui ai répondu que si le bébé s’habituait au biberon, il ne voudrait plus du sein, et que s’il ne tétait pas, je ne pourrais pas avoir de lait. Très sûre d’elle, elle m’a répondu que non. Parce qu’ils ont des biberons avec des super tétines qui imitent le sein, voyons ! Et puis ils avaient aussi la super méthode de massages pour favoriser la montée de lait ! J’ai lu qu’il s’agissait de la méthode Oketani, ça ne m’étonne pas venant de Japonais d’imaginer un truc aussi rituel, ça en plus des horaires fixes pour venir allaiter ça donne tellement l’impression d’être pro et organisé. Bref, j’ai dit que je reparlerai de l’allaitement, c’est dur de savoir où s’arrêter mais en gros si j’avais suivi la manière de faire à la lettre ça n’aurait absolument pas marché. Si je n’avais pas eu accès à des informations exactes sur Internet avec mon smartphone, si je n’avais pas été en contact avec une amie qui m’a confirmé que j’avais la bonne méthode et pas eux, je serais sortie cinq jours après avec la consigne de complémenter avec du lait maternisé comme quasiment toutes les autres mères parce que je n’avais « pas assez de lait ». Et j’ai réalisé très vite que je ne voulais pas d’allaitement mixte parce que ça me paraissait super compliqué à gérer. En gros, on a les inconvénients des deux méthodes. Et je ne vois pas comment on peut maintenir une lactation dans ces conditions. Le Japon, pays de l’allaitement ? Mon oeil !

Ce qui était compliqué, c’est que le personnel à la nursery comme ailleurs dans le service était adorable et plein de bonnes intentions. Mais c’est vraiment trop con de ne pas être fichu de leur donner les bonnes méthodes et les bonnes connaissances sur l’allaitement et de ne pas profiter de la longueur du séjour pour être sûr que la lactation est bien en place. En France, ou encore pire aux Etats-Unis, énormément de mères doivent repartir avant d’avoir eu leur montée de lait vu que le séjour est trop court. Là avec cinq nuits, on a des conditions géniales. Mais non, il faut se reposer ! Mais non, il faut tout de suite gaver les bébés de lait maternisé alors qu’ils n’en ont pas besoin juste par précaution, alors qu’ils sont surveillés 24h/24 à la nursery et que le moindre signe de déshydratation pourrait être vu ! J’ai dû céder une fois pour un biberon la nuit car j’ai quand eu l’impression qu’on commençait à me faire sentir que je maltraitais mon fils (il ne pleurait pas du tout plus que la vingtaine de petits qui l’entouraient, au contraire, vu que je venais plus souvent). On m’a dit qu’il n’avait pas mouillé assez de couches, je me suis rendu compte après en fait que j’avais laissé passé quelques pipis :D. Dans ces conditions, il n’y a vraiment plus aucun avantage à la nursery. Mais j’ai quand même décidé d’y laisser Messire, parce qu’évidemment je doutais vachement. Avec le recul, avec les nombreuses autres infos que j’ai eues depuis, je sais que tout était normal, que j’avais raison de faire ce que je faisais et que les méthodes de l’hôpital étaient mauvaises. Mais bien sûr que j’avais peur que mon fils n’aille pas bien, bien sûr que ça m’inquiétait qu’on me prenne pour une extra-terrestre alors que je voulais juste faire ce qui me paraissait normal et que je me rendais compte que j’avais plus de connaissances en allaitement en lisant le site de La Leche League qu’un personnel hospitalier qualifié alors que je venais de devenir mère pour la première fois ! Alors j’ai préféré laisser mon fils sous surveillance, en continuant à aller le voir le plus souvent possible. Et c’est grâce à ça que j’ai pu avoir une montée de lait le lundi matin (donc pas loin de 4 jours entiers après la naissance) et que Messire a pu rentrer à la maison avec un poids satisfaisant et un régime 100 % lait maternel.

La nursery, ça veut dire de la lumière artificielle 24h sur 24, les petites congénères à côté qui pleurent, la musique supposément relaxante qui tourne en boucle aussi. Bref, pas vraiment l’idéal pour qu’un petit être tout neuf puisse s’adapter au rythme circadien. Et puis pour compenser le manque de proximité du corps des mamans, il fait au moins 28°C donc on crève un peu de chaud. Mais le pire, c’était qu’à part moi, personne ne pouvait le voir. Enfin, le voir, oui, car les bébés  étaient exposés à heure fixe plusieurs fois par jour : on tirait les rideaux des fenêtres donnant sur le couloir et hop, ça faisait comme une vitrine. Maigre consolation pour les visiteurs. Mais évidemment, le pire c’était pour les papas ! Car non, ils ne pouvaient pas rentrer comme ça dans la nursery voyons, ce sont des hommes, on ne va pas non plus leur donner l’opportunité de mater perversement la poitrine des mères qui allaient ! La seule occasion pour les pères de voir leur progéniture avant le retour à la maison, c’était pendant un créneau quotidien de trente minutes (trois horaires au choix dans la journée) en-dehors des sessions d’allaitement. Evidemment, en -dehors des weekends, il n’y avait pas foule. Mon autochtone a pu venir le vendredi, le samedi et le dimanche bien sûr, mais n’a pas pu le lundi et le mardi si je me souviens bien. Excellente manière de faire sentir aux pères qu’ils sont concernés, des fois qu’ils voudraient voir leur enfant le soir en rentrant du boulot vu que peu d’entre eux doivent pouvoir se libérer dans la journée ! 

Enfin, à cause de la nursery, nous avons très peu de photos de notre fils prises lors de ses premiers jours. Les photos n’étaient autorisées que pendant les trente minutes de visite accordées au papa, donc du coup on n’allait pas passer tout ce temps juste à matraquer le petit monsieur, surtout que la plupart du temps il dormait ! Son père l’a à peine vu les yeux ouverts avant notre retour de la maison, en fait. On a donc quelques photos à l’intérieur de la nursery, quelques photos prises à travers la « vitrine », et une photo que mon mari a prise la première fois qu’on nous a amené le petite paquet, quand même. Du coup, je n’ai pas eu le loisir de penser à faire des photos mignonnes de pieds ou autres qui permettraient d’illustrer ce long billet sans compromettre le droit à l’image de l’intéressé. C’est pour ça que j’ai mis quelques clichés automnaux car c’était ce qui se passait dehors à ce moment, et que j’ai fait un recadrage un peu foireux pour la photo en tête d’article :D.

crocs family feuilles d'automne

 

Train-train quotidien et emploi du temps de ministre

En plus des multiples séances à la nursery, les journées étaient rythmées par un certain nombre d’événements et passaient à une vitesse folle. En six jours, je me suis véritablement habituée à ce quotidien dans ce véritable microcosme qu’était le département maternité de l’hôpital. Je garde au final un bon souvenir de ces journées et de ces nuits, toutes ces heures passées avec Messire dans les bras à penser à tout et à rien, en écoutant des versions instrumentales de chansons de Disney en mode glockenspiel… En-dehors de mon indignation envers tout ce qui aurait pu mal se passer, c’est de ça que je préfère me souvenir. J’ai fini par me décaler un peu des horaires officiels des séances d’allaitement, et ce n’était pas plus mal car comme ça il y avait moins de monde à la nursery. Pendant six jours, je n’ai pas mis le nez dehors et j’aurais pu être aussi bien en rase campagne plutôt qu’au coeur d’une mégalopole que je n’aurais pas vu la différence. J’étais presque dans une bulle, et cela a été d’autant plus un choc d’apprendre la nouvelle des attentats de Paris. Quand on a un petit être tout neuf devant soi on se demande comment on peut lui expliquer qu’il puisse arriver de telles choses, que des personnes qui étaient tout comme lui en viennent à en massacrer d’autres. Je crois que c’était la première fois que j’avais à gérer des émotions si contraires, du très positif qui me touche directement, et du très négatif qui ne me concernait pas directement, surtout avec la distance, mais qui m’affectait forcément.

Durant mon séjour, j’ai eu au moins trois petites réunions d’information avec les autres mères. Nous étions réunies dans la salle où les visiteurs peuvent s’installer. La première réunion était sur l’allaitement, la deuxième était sur la préparation de biberons de lait maternisé et l’intervenante n’était autre qu’une employée de chez Morinaga, un des principaux fabricants de laits maternisés. On a même eu le droit à une petite boîte en cadeau. Bonjour la crédibilité pour le soutien à l’allaitement quand on laisse quelqu’un venir faire de la pub en nous faisant comprendre qu’on aura forcément à l’utiliser… Après ça, il y a eu aussi une séance sur le quotidien avec le bébé après le retour à la maison. Et avec l’homme on a eu aussi une petite leçon à la nursery pour le bain et le nettoyage du nombril jusqu’à la tombée du cordon. La soignante manipulait seule Messire à l’air d’une main, nous une fois à la maison on se galérait à deux :p. 

J’ai bien sûr eu le bonheur de revoir docteur Mangue plusieurs fois, il a dû passer le vendredi, lendemain de la naissance, puis de nouveau le lundi matin. Et le mari je crois, je suis allée jusqu’à sa salle de consultation dans le service (donc pas là où on va pendant le suivie de grossesse) pour l’examen qui allait valider ma sortie le lendemain. J’ai eu en plus la visite plusieurs fois par jour d’une infirmière qui contrôlait notamment ma tension, et cette surveillance a duré sûrement plus que pour d’autres mères car cette fois, ma tension était vraiment élevée. Mais c’est différent de ce qui s’était passé pendant la grossesse, on était d’accord ? Donc c’était une raison de plus pour me dire de me reposer, ce que j’aurais sûrement pu faire plus facilement si le personnel était correctement formé pour l’allaitement et que je n’avais pas eu à faire une dizaine d’allers-retours jusqu’à la nursery. Je ne le saurai jamais mais je pense que si j’avais demandé à avoir la petite pompe à lait dans ma chambre ils auraient refusé à cause de ça. Bien sûr que ça ne m’amusait pas d’avoir trop de tension, s’il m’arrivait un pépin c’est pas comme ça que Messire pourrait avoir une fontaine à lait. On m’a donné un traitement et on m’a demandé de prévenir si j’avais des maux de tête et des étourdissements ou autres symptômes. Mais rien de tout ça heureusement ! 

En parlant de traitements, j’avais déjà plusieurs cachetons à prendre : un antibiotique en prévention, un médicament pour favoriser la remise en place de l’utérus, et du paracétamol pour la douleur causée par la plaie de l’épisio. C’est une douleur franche beaucoup moins obsédante que des contractions, mais ce n’est pas franchement agréable non, surtout quand on sait que ça aurait pu être évité. Pendant neuf mois je n’avais pris aucun anti-douleur, donc même une prise de 600 mg seulement de paracétamol suffisait à peu près, sauf la deuxième nuit où c’était pas génial. Mais fallait que je me repose bon sang ! ;D Comme je n’avais pas de pyjamas adaptés à un reste de gros ventre et pratique pour l’allaitement, j’ai choisi le service de location proposé par l’hôpital, utilisé par la grande majorité des mères. J’ai donc passé tout mon séjour avec une belle chemise de nuit à fleurs en tissu très épais. On m’en apportait une propre tous les matins avec les serviettes de bain. 

Nous avons dû aussi accomplir une importante formalité avec la déclaration de naissance de Messire, aidés de la personne responsable. Les papiers ont été transmis à la fois à la mairie d’arrondissement de Suginami, où la naissance a eu lieu et où nous avons l’adresse permanente de notre registre familial ((‘adresse de mes beaux-parents), et auprès de la mairie de Nishi-Tokyo où nous habitons. Pour l’état civil japonais, le monstre a eu un seul prénom car c’est beaucoup plus simple. Nous avons ajouté un deuxième prénom français uniquement pour l’état civil français. J’avais pris rendez-vous au consulat et c’est le papa qui s’est occupé d’y aller car c’était plus simple.

 

Ripailles végétariennes et luxe de la chambre individuelle

Il a fallu compter plus de 20000 yens de supplément par nuit pour avoir une chambre individuelle, mais ça valait le coup. On avait fait la demande à l’avance, mais on nous avait expliqué que l’obtention n’était pas garantie et dépendait de la disponibilité. Vu que la date de l’accouchement était prévue, j’ai trouvé ça assez con de pas au moins avoir une réservation garantie, mais bon, ça l’a fait. Bien sûr on n’en meurt pas de passer cinq nuits dans la même pièce que trois autres personnes, mais là encore le système est contradictoire car on est forcément dérangé par des allées et venues et autres bruits alors que c’est siiiii important de se reposer. Si ce n’est pas possible d’avoir que des chambres individuelles, des chambres de 2 ça doit être quand même un bon compromis, et permettre de se passer de la nursery. J’étais donc bien peinard seule dans ma chambre, à ne déranger personne quand on m’appelait dans la nuit à l’interphone (pour le coup celles qui étaient en chambre collective et avaient demandées à être appelées aussi devaient se faire maudire par celles qui voulaient passer une bonne nuit sans se préoccuper de savoir si elles auraient leur montée de lait ou pas…), à pouvoir prendre ma douche quand je voulais. Et puis c’était évidemment beaucoup plus tranquille aussi pour que l’homme passe du temps avec moi, il est venu après son travail les soirs de semaine et a pu me tenir compagnie un peu à défaut de pouvoir voir son fils. Il a pu s’installer tranquillement à la petite table à côté de mon lit avec son ordinateur et s’amener à manger. 

Eisei Byôin est comme son nom en anglais l’indique géré par l’Eglise adventiste. Ma belle-mère m’a dit qu’auparavant, les infirmières étaient des soeurs. Ce n’est plus le cas maintenant, et le seul signe religieux que j’ai vu dans l’hôpital, c’est la petite prière quotidienne qui s’affichait sur l’écran indiquant l’ordre de passage dans la salle d’attente lors de mes rendez-vous de suivis de grossesse. L’une des particularités de la branche protestante qu’est l’adventisme est de prôner le végétarisme. Les repas servis au sein de l’hôpital étaient donc très logiquement végétariens. Je ne sais pas ce que ça donne dans les autres pays, mais là au Japon l’aliment protéiné mis en vedette était bien sûr le tofu et tous les autres dérivés du soja. Et franchement, ces repas étaient délicieux ! Avantage de la chambre individuelle, j’ai pu choisir à l’avance le contenu de mes trois repas quotidiens alors qu’il était fixé pour les chambres communes. J’ai donc pris des choses différentes à chaque fois pour goûter un peu de tout. Je préférais prendre du pain le matin, mais je prenais toujours du riz complet pour le déjeuner et le dîner. Franchement ils pourraient ouvrir un resto, on est à des années lumière de l’idée qu’on se fait généralement d’un plateau repas d’hôpital. C’était un vrai plaisir à chaque repas, et pour ça c’est clair que le prix du séjour valait le coût ;D. Le dimanche, j’ai même eu le droit à un déjeuner spécial façon kaiseki pour fêter l’heureux événement qui m’avait amenée là ! C’est aussi ce jour-là que j’ai choisi d’aller d’utiliser le ticket offert pour le buffet de desserts de la cafétéria au dernier étage du bâtiment (d’où la vue sur Tokyo était assez sympa d’ailleurs). On nous avait bien rappelé à propos de ce buffet de dessert que bien sûr il ne fallait pas abuser parce que le sucre c’est mal toussa toussa (des fois qu’on n’aurait pas encore compris après plusieurs mois de sermons), et qu’en plus c’était mauvais pour la production de lait. Mwahahaha.

L’addition s’il vous plaît !

Le mercredi 18 novembre 2015 en fin de matinée, j’ai fait mon ultime visite à la nursery et j’en suis sortie avec un Messire que je venais de bien habiller pour sa découverte du monde extérieur. Quand je dis bien habiller, c’était un pyjama et un body mignons. J’ai vu pas mal de mères les jours précédents habiller leur progéniture avec des habits blancs avec de la dentelle, de vraies tenues de baptême. Le truc dont on se ressert jamais, quoi. Oui je sais, je suis radine et pragmatique :D. Et voilà,Messire a été déposé dans son pousse-pousse et nous étions prêts à rentrer à la maison. La veille, son père avait sans succès appelé plusieurs compagnies de taxi pour réserver une voiture avec siège bébé. Elles étaient toutes réservées pour ce matin-là ! J’ai donc préféré rentrer comme nous étions venus : en bus et en train ! Ma belle-famille n’a pas compris pourquoi on s’est embêté avec les transports en commun plutôt que de garder Messire dans nos bras dans un taxi… C’était le début de ma découverte du rapport assez laxiste de la plupart des Japonais avec la notion de sécurité routière…

Avant de partir, il a quand même fallu bien sûr laisser quelques petites pièces : la facture totale s’élevait à 881080 yens, dont 120000 pour la chambre privée. L’accouchement lui-même c’était 400000 yens, dont 100000 pour la péridurale. Le reste c’était les frais d’admission, la prise en charge de Messire et divers frais. La sécurité sociale japonaise rembourse la somme de 420000 yens, qui est supposée représenter le coût moyen d’un accouchement dans un hôpital public je pense. Messire a donc commencé sa vie endetté, et le pauvre on lui a toujours pas ouvert de compte épargne pour qu’il essaie de rembourser :D. On va devoir l’inscrire dans une agence de talento pour qu’il commence à gagner sa vie, je suis sûre qu’en tant que métis il aurait du succès :D.

 

A refaire ou pas ?

Avant la naissance de notre fils, mon mari et moi étions d’accord pour avoir deux enfants. Une fille, un garçon, la famille idéale, toussa. Nous n’avons pas changé d’avis aujourd’hui. Pourtant, même si je n’ai toujours pas de solution concrète, il est peu probable que je fasse un deuxième suivi de grossesse et surtout un deuxième accouchement à Eisei Byôin. Même si mon fils et moi sommes en bonne santé, même si je n’ai ressenti à aucun moment un grave danger pour moi ou pour lui, je ne veux pas revivre ça maintenant que je sais comment ça se passe en détails. Je ne veux pas de déclenchement prévu dès le deuxième trimestre, d’épisio automatique ou autres procédure médicales imposées, je ne veux pas de ces protocoles qui séparent la mère et son enfant juste après la naissance, je ne veux pas de nursery. Tout ça m’a été imposé juste parce que j’ai choisi un endroit où je pourrais avoir une péridurale. Le problème, c’est que tout n’est pas forcément complètement différent dans un hôpital ou une clinique plus classiques. Et comme je l’avais dit, plusieurs témoignages m’ont convaincue que je ne pouvais pas accepter non pas le fait de souffrir parce que je n’ai pas d’anesthésie, mais plutôt la manière dont cette souffrance est considérée, ou pas considérée justement sous prétexte qu’elle est naturelle.

Quelques mois après la naissance de mon fils, l’expérience de ma belle-soeur japonaise m’a confirmé que j’avais peut-être quand même choisi le « moins pire ». Après avoir subi un décollement de membrane car le terme était dépassé, elle a été admise dans l’hôpital universitaire où elle a été suivie pendant sa grossesse un dimanche après déjà pas mal d’heures de contractions. Le travail n’avançant pas du tout, l’équipe a décidé de le booster le lundi matin. Ils ont attendu toute la journée, toujours rien. Ils l’ont laissée passé la nuit comme ça alors qu’elle n’en pouvait déjà plus en disant qu’ils verraient le lendemain matin. Nouvelle injection le mardi matin, toujours pas de résultats (pour rappels, les contractions entraînées par les hormones de synthèse sont encore plus douloureuses…). Ma belle-soeur complètement exténuée  a demandé à être transférée à Eisei Byôin pour avoir une péridurale. Transfert refusé, le bébé allait bien donc aucune raison (et de toute façon, un hôpital universitaire est équipé pour les urgences, pas les hôpitaux comme Eisei qui gèrent les naissances sans complications). Ce n’est que dans la journée du mercredi, alors que l’interne a enfin pu consulter son titulaire, que la décision d’effectuer une césarienne a été prise. La césarienne au Japon, c’est le diable. On préfère laisser souffrir une femme des jours entiers pour l’éviter, parce que c’est normal de souffrir quand on accouche. Cet exemple dans ma belle-famille est loin d’être un cas isolée. Dans de nombreux autres pays, on en fait à tour de bras pour diverses raisons comme si c’était une procédure anodine. N’y a-t-il pas un juste milieu ? Suite à la césarienne, ma belle-soeur a perdu beaucoup de sang et on a commencé à lui évoquer avec beaucoup de tact j’imagine, l’hystérectomie si l’hémorragie ne cessait pas. Heureusement, ce n’est pas arrivé. 

J’ai appris pas mal de choses sur la péridurale depuis mon accouchement, et je ne vois plus cette procédure de la même façon. A part le risque de complications en rapport avec une mauvaise exécution de la pose du cathéter,  en gros on ne nous parle pas vraiment des conséquences que peuvent avoir nous pas l’anesthésie elle-même mais les procédures médicales qu’elle entraîne. Je reste convaincue qu’on n’est pas toutes égales face à la douleur et que c’est tout à fait légitime de ne pas vouloir souffrir. C’est ce que j’ai choisi de faire car cela me paraissait la meilleur manière de vivre la naissance de mon fils. Mais je pense maintenant que plutôt que de tout miser sur le médical, on devrait bénéficier en tant que mère d’une véritable préparation à la naissance. Je parle de manière très générale et je sais bien que les mesures varient d’un pays à l’autre. Mais apprendre vite fait à respirer et à compter, tant qu’il n’y a pas de véritable travail psychologique derrière, de prise de conscience de son corps et du processus de naissance dans son ensemble, c’est que du vent. 

Ces derniers mois, j’ai beaucoup lu sur les réseaux sociaux et dans les média français des témoignages en rapport aux violences gynécologiques et obstétricales. Je n’imaginais pas que le corps médical puisse imposer à ce point la péridurale dans certains cas tout simplement pour être tranquille et ne pas avoir à gérer la douleur de leurs patientes. Au final, comme pour la pilule, on est dans les deux extrêmes eu France et au Japon, et dans les deux cas on décide toujours pour les femmes car on considère qu’elles ne sont pas aptes à le faire alors qu’il s’agit de leur propre corps. Et que cela se passe dans des pays développés, ça fait mal de le réaliser. Il est maintenant clairement démontré que beaucoup de procédures autour de la naissance sont inefficaces et même nuisibles au bien-être de la mère et/ou de l’enfant. Pourtant elles sont toujours appliquées. Je sais bien que le changement prend du temps, mais je suis certaine que quand des articles mettent en évidence des faits nouveau dans des domaines médicaux comme la cardiologie ou autres spécialités prestigieuses, on met moins de temps à les appliquer. Pour ce qui est de l’obstétrique et de la pédiatrie, la médecine moderne semble trop arrogante pour se remettre en question, admettre qu’elle en fait trop et prendre en compte la dimension humaine pourtant si évidente quand il s’agit de donner la vie. 

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