23 juin 2017

Neuf mois avec Mame-chan : Mon suivi de grossesse au Japon

grossesse japon

Comme promis, après avoir donné un peu mes impressions générales sur mes (pas tout à fait) neuf mois de grossesse, je vais raconter dans ce deuxième billet les détails de mon suivi médical lors de cette grande aventure. Cela fait maintenant deux ans qu’elle a commencé, le moins qu’on puisse dure c’est que ça ne sera pas des impressions à chaud, mais comme je l’ai déjà dit je pense vraiment que c’est mieux d’avoir du recul. En tout cas, avec un petit bonhomme de 15 mois dans les pattes, tout ça me paraît loin. En fait non, ce n’est pas ça. En fait, j’ai encore du mal à réaliser je crois ^^.

En préambule de mon récit, je me dois de préciser que mon but n’est pas du tout de comparer le Japon et la France. Je raconte ce que j’ai vécu et comment je l’ai ressenti, c’est tout, et si je dis que c’était nul, ça ne veut pas dire que je pense que ça aurait été forcément mieux en France. Je n’ai pas vécu de grossesse en France, je ne peux donc pas comparer. Mais par rapport à ce que j’ai pu entendre de la part de femmes ayant accouché en France (ou même dans un autre pays occidental), et d’autres femmes ayant accouché au Japon, il y a certaines tendances assez flagrantes. La situation est loin d’être parfaite en France, les témoignages de violences gynécologiques et obstétricales qui se multiplient le montrent bien. Mais la culture japonaise exhortant toujours à encaisser et à ne pas se plaindre d’une part (que la douleur soit physique ou psychologique), et à ne pas remettre en question ceux qui ont le savoir d’une autre part, le monde médical a un aspect bien particulier.

Décider d’être enceinte et surtout d’accoucher au Japon

Dès que l’on parle de grossesse et d’accouchement au Japon, on évoque tout de suite la question de la péridurale. La jolie version « officielle », c’est que les Japonaises n’en ont pas besoin car elles « préfèrent » un accouchement naturel. La réalité, c’est que rien n’est fait pour créer une demande : la procédure est mal vue car mal connue (certes il y a des risques, comme pour toute procédure médicale, ce n’est pas une raison pour ne retenir que ça), il est normal de souffrir pour enfanter, c’est même ça qui fera de toi une bonne mère. Ce n’est pas le personnel médical majoritairement masculin qui va y changer quelque chose, et les femmes elles-mêmes en rajoutent parfois une couche (j’en ai chié moi, pas raison que toi tu y échappes !). Résultat : pas assez d’anesthésistes formés, la majorité d’hôpitaux ou cliniques ne proposent pas du tout cette option, et pour les établissements qui le font, rares sont ceux qui garantissent sa disponibilité 24/7. Les futures mères peuvent aussi être découragées par le coût supplémentaire : les établissements proposant la péridurale étant très majoritairement privés, les honoraires peuvent vite grimper. Il n’y a qu’à prendre une bonne complémentaire santé me direz-vous ? Mais pour le système de santé japonais, la grossesse n’est pas une maladie, donc pas de prise en charge à espérer de ce côté.

Quand j’ai décidé de rester vivre au Japon avec mon autochtone, je savais que je devrais me débrouiller avec cette situation quand nous déciderions d’avoir un enfant. Les témoignages que j’ai entendus de la part de Françaises ayant accouché au Japon n’étaient pas du tout encourageants : la majorité ont fait sans la péridurale, ont mal vécu leur accouchement et ne souhaitent pas avoir d’autre enfant dans ces conditions. Plus que la douleur elle-même, c’est la manière dont la douleur était considérée (ou pas du tout considérée justement), qui m’a marquée dans ces histoires. Une copine m’a confié qu’elle était juste soulagée que ça se termine enfin et a culpabilisé de ne pas se réjouir de rencontrer sa fille. J’avais vraiment peur qu’une mauvaise expérience nuise à ma relation avec mon enfant, avec son père et avec mon pays d’accueil.

Une solution adoptée par certaines expatriées est de rentrer dans leur pays pour accoucher. Si on est vraiment expatriée dans le sens où le père du futur enfant n’est pas japonais et qu’on habite dans le pays pour une durée assez déterminée, je peux comprendre. Ca n’était par définition pas mon cas. Prendre l’avion à sept mois de grossesse, trouver un hôpital pour me prendre en charge à ce stade de la grossesse, rester deux mois chez mes parents sans l’homme, risquer qu’il ne puisse pas être là pour la naissance, le voir repartir trop vite car il ne peut pas prendre de congés, devoir attendre plusieurs semaines pour le rejoindre ? Pour moi c’était hors de question. On fait ça si on habite dans un pays où le niveau des soins médicaux n’est pas assez élevé. Mais les statistiques parlent d’elles-mêmes : les taux de mortalité des mères et des enfants sont moins élevés au Japon qu’en France ou aux Etats-Unis. C’est pas ça qui va amener le monde médical japonais à se remettre en question, évidemment. Il faut donc que les mères soient doublement blindées physiquement et psychologiquement !

Plusieurs personnes japonaises m’ont demandé si j’allais rentrer dans mon pays pour accoucher. Parfois c’était même presque « Quand est-ce que tu rentres ? » Pour certaines, comme la grand-mère de mon mari, c’est parce qu’elles idéalisent l’Occident moderne et ont une piètre image de la médecine de leur pays. Mais c’était surtout parce que c’est normal au Japon qu’une future mère retourne chez ses parents à la fin de sa grossesse pour pouvoir être aidée par sa mère après la naissance. J’y reviendrai dans un prochain billet, je trouve ça bien sur le fond mais pas sur la forme.

Le (non) choix de l’hôpital pour le suivi de grossesse et l’accouchement

Même si je savais qu’il faudrait faire avec les moyens du bord, j’ai quand même par précaution fait quelques recherches avant d’être enceinte pour voir un peu quelles étaient les possibilités pour avoir une péridurale à Tokyo. En gros, si on n’a pas les moyens d’aller dans un des hôpitaux privés du centre aux honoraires exorbitants mais prisés par les expats car il y a des médecins qui parlent anglais, il n’y a pas vraiment le choix. En gros, un des seuls endroits de Tokyo qui propose la péridurale 14/7 sans que ça coûte un bras est l’Eisei Byôin (衛生病院), aussi connu sous son nom anglais d’Adventist Hospital. Gros coup de bol pour moi, j’habite à une distance raisonnable de l’endroit où il se trouve. Évidemment, s’il m’avait fallu traverser tout Tokyo en train pour chaque visite ça aurait été épuisant, sans compter que le jour J, la distance peut compliquer les choses. L’hôpital se trouve près de la gare d’Ogikubô, à Suginami, un coin que je connais plutôt bien vu que mes beaux-parents y habitent. Et en fait, mon mari et ses deux frères sont nés dans cet hôpital ! Je pensais que dans les années 80 ils ne proposaient pas encore la péridurale mais en fait si ! Ma belle-mère a fait sans les trois fois, je peux comprendre car même en France à cette époque ça devait être beaucoup moins répandu et moins au point aussi ! J’ai trouvé ça quand même assez génial que mon petit monstre puisse naître au même endroit que son père ^^. J’ai vu depuis qu’il y avait un autre hôpital qui avait l’air bien à Setagaya mais niveau temps de trajet c’était pas gérable !

Petit point terminologie là où le français (tout comme l’anglais) retient plutôt la technique utilisée pour parler du traitement de la douleur lors de l’accouchement, le japonais est en fait plus explicite et nomme le but recherché. Il ne faudra donc pas parler d’anesthésie péridurale, mais d’accouchement sans douleur (無痛分娩) . Du coup, avec un tel terme, à Eisei Byôin ils se sentaient obligés de préciser que c’était pas comme si on ne sentait rien du tout, et même bien sûr que l’effet ne pouvait être garanti à 100%.

Il n’empêche qu’on nous a tout de suite prévenus qu’il valait mieux réserver au plus vite pour être sûrs que je puisse être prise en charge le jour de l’accouchement. On s’est vite rendu compte qu’il fallait prendre les rendez-vous bien à l’avance pour les avoir vraiment la semaine de grossesse où ils étaient prévus, et qu’on passait pas mal de temps en salle d’attente. Toutes les futures mères japonaises qui étaient là, ça n’était pas du tout par hasard. L’hôpital annonce que 80% des accouchements qu’il pratique sont avec péridurale ! Quand je disais aux gens le nom de l’hôpital où j’allais accoucher ou avais accouché, tout de suite on me répondait (surtout les femmes bien sûr !) : ah, l’accouchement sans douleur ! Et après ça, on dira encore qu’aucune Japonaise ne veut de la péridurale ? Je sais bien qu’en France et dans d’autres pays occidentaux on est maintenant dans l’excès inverse, dans tous les cas ce qui me dérange c’est l’absence de choix informé (comme pour la pilule et tant d’autres choses qui concernent ces pauvres petits êtres ignorants que sont les femmes…)

La question de la langue

Quand on ne vit pas dans son pays d’origine, outre la question des différences au niveau des habitudes et du niveau en matière de médecine, se pose aussi la question de la langue. On peut casser du sucre sur le dos des Japonais pour leur mauvais niveau d’anglais, mais il faudrait aussi voir ce que ça donne en France ou dans un autre pays pas très anglophile avant. Cela doit dépendre pas mal de la spécialité médicale et de son ouverture avec l’international, mais bon comprendre un article scientifique en anglais et parler dans un anglais compréhensible aux patients restent deux choses différentes.

Comme je maîtrise assez bien le japonais (surtout pour la compréhension en fait, mon cerveau reste défectueux pour la production), cela n’était pas un problème pour moi. J’étais même contente qu’on ne cherche pas du tout à me parler en anglais car à moins d’avoir affaire à une personne qui maîtrise vraiment la langue, ça complique plutôt les choses d’après les expériences que j’ai pu avoir au quotidien. N’empêche que quand on se retrouve avec du vocabulaire technique à comprendre et à assimiler et que les enjeux sont super importants, ce n’est pas rien. C’est pour ça que je voulais être accompagnée le plus possible par mon autochtone pour les rendez-vous de suivi. Dans tous les cas c’était normal qu’il s’implique, je l’avais bien prévenu que je ne comptais pas élever le petit monstre seule et ça commençait par là. Il n’a pas pu se libérer à chaque fois (en même temps vous allez voir le nombre de rendez-vous!) mais vous verrez que même dans ces cas-là il a fait ce qu’il pouvait.

Je me suis dit plein de fois que ça devait être hyper dur et hyper stressant de ne pas comprendre directement ce qu’on nous dit et de dépendre de quelqu’un pour faire l’interprète. Sans parler des nombreux documents à lire ou formulaires à remplir !

La prise en charge et le coût de la grossesse

Si l’accouchement au Japon peut garder une image « naturelle » en raison de la quasi-absence de péridurale (et peut-être aussi du taux très faible de césariennes, j’y reviendrai), l’impression est tout autre pour le suivi de grossesse : une fois la présence du petit haricot confirmée, le parcours standard comporte pas moins de dix visites jusqu’à la naissance. Et presque autant d’échographies, oui. Le coût du suivi est couvert au niveau municipal par un système de coupons à remplir et à présenter à chaque visite. Mais ce n’est pas pour autant qu’on ne doit pas sortir son portefeuille en plus : le montant des coupons couvre des honoraires de base qui sont souvent dépassés s’il y a un examen particulier et selon l’endroit où l’on va. A Eisei Byôin, sans surprise les tarifs pratiqués étaient pus élevés que dans une petite clinique de base, mais sûrement bien moins qu’ailleurs. Quand on est habitué à la sécu française avec une complémentaire, c’est assez bizarre d’aller payer l’addition à chaque fois (en japonais le terme est le même qu’au restaurant oui, ça me fait toujours marrer ^^). Certes une complémentaire ça n’est pas gratuit, mais pour une grossesse et un accouchement je crois que c’est vite rentabilisé ! Les coupons, que l’on obtient en même temps que le carnet de santé mère-enfant (et tout un tas de papiers d’infos et de pubs), ne sont utilisables qu’une fois la grossesse confirmée, ce qui veut donc dire que l’on paie de sa poche les examens pour la confirmer. J’ai eu en tout 13 consultations, et la somme qui est restée à notre charge s’est élevée en gros à 100.000 yens.

Premier trimestre : suivi dans une clinique de quartier

Avant d’aller plus loin, un petit point sur la durée de la grossesse s’impose, car il y a aussi des petites spécificités locales : au Japon, une grossesse dure 40 semaines d’aménorrhée, pas plus. Et si l’on compte en mois, il y en aura pas neuf, mais dix ! Je pense que cela est resté de l’ancien calendrier lunaire. Dix mois de quatre semaines pour quarante semaines, ça se tient. C’est juste un peu chiant de jongler entre les différentes manières de compter ! 20 SA, 4 mois ou 5 mois ? Là où on se contente de parler de trimestres, les Japonais divisent les différents stades de la grossesse de manière un peu différente : la première phase jusqu’à 16 SA (donc un peu plus que le premier trimestre), la phase de stabilisation jusqu’à 28 semaines (nommée ainsi car le risque de fausse couche baisse) , et la dernière phase jusqu’à 40 SA (là il y a correspondance avec le troisième trimestre).

J’ai dit que l’Eisei Byôin ne se trouvait pas loin d’où j’habitais, ça ne veut pas dire non plus qu’il était près. De notre appart de Nakano, il fallait bien compter en tout 45 minutes, cela n’a pas vraiment augmenté une fois que nous avons déménagé heureusement. Il ne me semblait donc pas nécessaire d’aller jusque là-bas dès le départ pour confirmer la grossesse. J’ai donc choisi un des cabinets de gynéco de notre quartier, la clinique Terauchi, tout près de la gare d’Araiyakushimae. Même si par la suite j’allais devoir m’habituer aux praticiens hommes (j’ai toujours eu une femme comme gynéco en France), sur le coup j’étais contente que le personnel soit entièrement féminin. Ils poussaient même le truc jusqu’à ne pas admettre les hommes dans la salle d’attente !

Après avoir fait un test urinaire à la maison, nous sommes donc allés un samedi matin de la fin mars à la clinique pour confirmer la présence de mon petit locataire. Je pensais qu’on me ferais une prise de sang mais en fait on m’a simplement fait un autre test urinaire (le premier d’une longue série de pipi dans un gobelet en carton:p) puis une première échographie qui a bien montré un petit haricot, mais à 6 SA à peine il était encore trop tôt pour percevoir un battement de cœur. Je suis donc revenue deux semaines plus tard. Avec le recul, je me dis que cet examen supplémentaire n’était pas nécessaire, mais en même temps c’était bien d’être sûre à 100%. Et puis je crois que c’est cette fois-là que l’homme a eu le droit à une dispense pour pouvoir venir jusque dans le cabinet assister à l’échographie ^^.

J’ai donc pu commencer véritablement mon suivi munie du carnet mère-enfant et des coupons municipaux avec un examen à un peu plus de 9 SA, celui du troisième mois. Pesée, prise de tension, analyse d’urine pour contrôler la présence de protéines et de glucose. Tout est noté sur une page spéciale du carnet. L’infirmière remarque que ma tension est élevée à la première prise, elle attend un peu et me demande de bien respirer avant de la reprendre, cette fois c’est bon! Tout va bien sur l’échographie (toujours vaginale à ce stade), j’emporte la petite photo souvenir. La date du terme qui avait d’abord été fixée au 28 novembre est avancée au 23 (vous allez voir après que ça changera encore ^^). On me fait une prise de sang pour effectuer toute une séries de vérifications, l’infirmière est toute désolée car elle ne trouve pas de veine (c’est comme ça depuis que je suis toute petite!), en fait elle ne m’a absolument pas fait mal !

On me conseille de prendre de l’acide folique ( ce que j’avais commencé à faire plusieurs semaines avant), on me donne aussi un document expliquant qu’il faut limiter la consommation de gros poissons pouvant contenir du mercure et d’autres substances nocives. Il devait aussi y avoir un avertissment pour l’alcool et le tabac, quand même, mais à part ça, absolument aucune consigne pour l’alimentation par rapport aux risques présentés par la toxoplasmose, les listéria ou les salmonelles…

Le rendez-vous suivant a eu lieu à 12 SA (4ème mois). On m’a donné les résultats des analyses sanguines qui comprenaient principalment le dépistage HIV et hépatite et le contrôle du groupe sanguin et rhésus (pour anticiper en cas de rhésus négatif je pense, mais mon groupe B et mon rhésus positifs avaient déjà suffisamment été confirmés auparavant !). Un dépistage du cancer du col de l’utérus était également prévu si besoin, mais je l’avais fait très récemment lors d’une campagne municipale et j’ai simplement eu à montrer a feuille de résultats.

La clinique Terauchi peut en théorie assurer le suivi de ses patientes jusqu’à 34 SA avant de les adresser à un établissement qui prend en charge les accouchements. Mais le médecin m’a déclaré qu’il valait mieux que je continue mon suivi à Eisei Byôin dès le début de la phase de stabilisation. C’était donc mon dernier rendez-vous là-bas. On m’a fourni une lettre de référence (facturée quelques milliers de yens) à présenter à l’hôpital en même temps que les résultats d’analyse et photos d’échographies.

Deuxième trimestre : débuts mémorables à l’Eisei Byôin

Nous étions allés quelque part au cours du premier trimestre effectuer l’inscription administrative à l’hôpital (un ou deux formulaires, un petit questionnaire d’antécédents médicaux, des contacts d’urgence à fournir…) et nous avions eu confirmation qu’il y aurait une place pour moi fin novembre quand le petit Mame voudrait pointer le bout de son nez. Quand l’autochtone a téléphoné pour fixer la date du prochain rendez-vous de suivi (je déteste le téléphone dans n’importe quelle langue, donc c’était son boulot ^^), il n’y avait déjà plus de place la semaine où il devait avoir lieu et on a dû attendre la semaine suivante. Par la suite j’ai fait attention à prendre mes rendez-vous à temps sur place pour pas qu’on se fasse à nouveau avoir. Ca n’a rien de dramatique mais bon vu qu’il y a un rendez-vous toutes les quatre semaines, si ça décale à chaque fois ça n’a plus trop de sens.

Nous voilà donc sur place le 16 juin pour le rendez-vous du 5ème mois (17 SA). L’heure donnée pour les rendez-vous n’est pas fixe, elle correspond juste à un créneau horaire et implique donc que l’on peut avoir à patienter. En effet. En comptant l’attente et ce qu’il y a eu à faire de particulier vu que c’était notre première visite, on en a eu pour plus de trois heures ce jour-là. On commence par nous expliquer la petite routine de chaque rendez-vous : d’abord passer par les toilettes réservées aux analyses d’urine, il y a une machine devant qui délivre un gobelet avec nos nom et numéro de patient quand on scanne notre carte. Ensuite, aller à l’accueil pour donner ladite carte et recevoir une pochette plastique pour accueillir les documents relatifs aux examens à venir ainsi que notre numéro d’appel. Il ne reste plus qu’à aller se peser et prendre sa tension (balance et tensiomètre délivrent des petits tickets avec les données à rapporter dans le carnet mère-enfant) et de d’attendre son tour pour voir le médecin. L’avancement de la “file d’attente” pour chaque salle d’examen est indiqué sur un écran, et le numéro d’appel s’affiche également à l’entrée de la salle où on est attendu quand notre tour arrive. Les différentes salles d’examen sont en fait reliées par un couloir au fond, les médecins et le reste du personnel médical peuvent donc aller de l’une à l’autre. Une patiente est iaccueillie et nstallée par une infirmière dans une salle pendant que le médecin en voit une autre à côté, et hop faut que ça tourne ^^.

Mon tour arrive, je m’installe pour l’échographie (est-ce là que j’ai eu la première abdominale en plus de la vaginale ? Je ne sais même plus !), l’infirmière mesure mon tour de taille et la hauteur utérine. On me demandera aussi de reporter les données que j’ai concernant les prises de température au courts de mon cycle pour faire une belle courbe qui confirmera bien comme je le pensais une conception autour du 4 mars, et le terme sera définitivement fixé au 25 novembre. Jusque là, tout va bien.

Ca se gâte tout d’un coup lors de la vérification de la tension mesurée par la machine. Ben oui, je savais que c’était élevé, mais je me doutais bien que c’était à cause du stress. Mais tout de suite on me demande si j’ai déjà eu des problèmes de tension, si je mange trop salé, et on décide que l’accouchement sera déclenché deux semaines avant le terme parce que c’est plus prudent. Oui, comme ça, en cinq minutes. Devant mon étonnement, on me dit que de toute façon, si je veux une péridurale, c’est comme ça. Ouais, essayez de la vendre à une Japonaise mal informée sur la technique, celle-là, mais pas à moi ! Si effectivement il y a des cas où il est trop tard pour la petite aiguille dans le dos avec un travail qui commence naturellement, c’est pas pour ça qu’on déclenche les accouchements à tout va, surtout pas chez les primipares ! Mais en fait l’accouchement programmé fait partie des spécialités du lieu et est un argument de vente au même titre que l’anesthésie, parce que c’est tellement pratique quoi ! Génial de se la jouer super précaution quand à côté on utilise par simple confort une pratique loin d’être sans risques !

Je n’avais jamais fait attention à ma tension jusque là, elle était mesurée uniquement lors de mes très rares visites chez mon généralistes et à ma visite annuelle chez ma gynéco (qui a l’art de discuter de tout et de rien pour nous distraire pendant les examens, et ça marche!). On nous demande donc de fixer une date pour l’accouchement, ça n’a pas de sens pour moi de devoir décider de ça à 17 semaines de grossesse pour une simple mesure de tension même pas vérifiée. Mais ça ne changera pas. On me dit d’acheter un tensiomètre pour contrôler ma tension matin et soir. En plus ils mesurent la tension en millimètres et pas en centimètres (on n’aura donc pas 12/8 mais genre 125/83), ce qui permet d’être encore plus maniaque ! On me dit aussi de manger moins de sel, partant du principe que j’en consomme forcément trop.

C’est tout ? Vous croyez ? Bien sûr que non ! Puisque je vais avoir une nouvelle batterie de tests sanguins, dont une bonne moitié seront redondants avec ceux déjà faits quelques semaines avant, j’évoque le triple test (enfin, ce sera le quadruple en fait). Je sais que c’est une pratique commune en France, ça me paraît normal de le faire. On me dit qu’il est trop tard pour ça et qu’il aura fallu le faire faire par la clinique où j’étais suivie avant. Sauf qu’on ne m’en a absolument pas parlé, j’étais donc supposée deviner ? Là, si je n’avais pas évoqué le sujet, ils ne m’en parlaient pas non plus. Parce qu’ils considéraient que je n’avais pas de risques particuliers ? Si encore c’était une question de remboursement par la sécu je veux bien, mais là dans tous les cas on allonge la thune quoi ! En fait, il fallait lire entre les lignes : on pouvait bien sûr faire le test, mais le temps d’avoir les résultats et de faire ensuite une amniocentèse, le délai légal pour avorter serait dépassé (22 semaines au Japon, que ce soit thérapeutique ou pas). Moi je n’avais pas du tout réfléchi jusque là! Pour moi ce test était juste une manière de pouvoir me rassurer, car on a tellement besoin de savoir que le bébé va bien (même si au final on peut dire pour ce test précisément qu’il peut juste compliquer les choses) ! Mais tout d’un coup j’ai eu l’impression de passer pour un monstre qui avorterait à coup sûr au moindre petit souci. Avec ce qui s’était passé juste avant et leur manière de présenter les choses, ça m’a complètement paniquée et je suis presque devenue persuadée qu’il y avait un problème alors que bien sûr il n’y avait rien du tout. Je me suis mise à pleurer, ils avaient presque honte pour moi. Parce qu’évidemment, l’hypersensibilité due aux hormones, ils doivent pas connaître. Non, on est au Japon, tu dois te contrôler en toutes circonstances bien sûr ! Honnêtement je m’en foutais de ce qu’ils pouvaient penser même sans avoir le recul que j’ai aujourd’hui. Mais je suis toujours autant en colère en y repensant.

On m’a demandé de revenir une semaine après pour avoir les résultats du quadruple test qui ne pouvaient être donnés qu’en mains propres et pas communiqués par téléphone. Je devrais décider selon les résultats en trente minutes si je voulais faire une amniocentèse, une place m’étant réservée le cas échéant. Après tout ça, ils voulaient encore nous faire poireauter pour voir la nutritionniste, on a dit qu’on verrait la semaine suivante. Il me restait encore à aller jusqu’à Shinjuku pour acheter un tensiomètre au Yodobashi pour achever cette magnifique journée !

J’ai commencé à mesurer ma tension à la maison, et comme de par hasard elle était beaucoup moins élevée! J’ai dû retourner à l’hôpital seule la semaine suivante car mon autochtone ne pouvait pas s’absenter de son travail. Le médecin m’annonce qu’il n’y a aucune anomalie dans les résultats, et qu’il a même rarement vu un chiffre si bas pour la probabilité de trisomie 21. Il me dit, comme s’il essayait de me convaincre, qu’il pense que ça n’est pas la peine de faire l’amniocentèse. Genre comme si c’est moi qui tenait dès le départ à faire une procédure qui présente des risques juste pour le fun. Sans surprise, la mesure de tension prise à la machine à mon arrivée à l’hôpital est élevée. Du coup, il insiste lourdement pour savoir si j’ai bien mesuré comme il fallait à la maison, genre j’ai grugé sur les chiffres. Il finit par me demander quel genre de tensiomètre j’ai acheté. Ah, fallait pas prendre ceux qui mesurent au poignet, ça vaut rien ! J’avais hésité, mais j’avais pris un comme ça parce que c’était plus petit et donc plus pratique à ranger ou transporter. Et hop, deuxième visite au Yodobashi pour acheter un appareil qui mesure en haut du bras et non au poignet. Les mesures que j’ai ensuite sont certes un poil plus élevées, mais n’atteignent jamais celles de la machine de l’hôpital.

Et ce rendez-vous avec la nutritionniste ? Elle me demande de donner des exemples type de ce que je mange aux différents repas. Je lui confirme que je fais attention de ne pas ajouter trop de sel, je sais bien que c’est mauvais. Elle me donne une liste des aliments à éviter ou consommer avec modération (ramen à cause du bouillon, légumes marinés, charcuterie) ainsi que des astuces pour relever le goût des aliments avec autre chose que du sel (des épices, du jus de citron dans les salades…). Tout ça c’est plein de bon sens, et ça ne me pose pas de problème de faire encore plus attention qu’avant pour n’avoir vraiment rien à me reprocher, mais si hypertension il y a ce n’est pas à cause des hamburgers et portions de frites géantes que je mange tous les jours XD.

On ne m’a rien dit sur les résultats des analyses de sang car il n’y avait rien donc on n’allait pas non plus m’informer que ça allait bien. Outre le HIV, l’hépatite et la rubéole (j’avais refait le vaccin donc pas de problème), l’immunité à la toxoplasmose a également été vérifiée. Les analyses que j’avais faites en France quelques mois plus tôt avaient montré que je n’étais pas immunisée et bien sûr ça n’avait pas changé. Mais pourtant on ne m’a rien dit. Je ne vois pas trop l’intérêt de faire un test si derrière il n’y a aucune mise en garde pour l’alimentation. Est-ce que c’est juste pour pouvoir balancer en cas de problème avec le bébé : ha vous avez dû choper la toxo en mangeant des légumes mal lavés, vous n’étiez pas immunisée !? Non, la seule chose qui compte dans la nourriture, c’est les calories, le reste on s’en fout !

Le suvi du sixième mois a lieu à la mi-juillet, à 21 SA. Même si je sais que je vais sûrement me faire engueuler pour ma tension, j’ai hâte car je vais sûrement pouvoir savoir si mon locataire est une fille ou un garçon. On a signé un papier pour dire qu’on voulait effectivement recevoir des infos à ce sujet, et ça disait aussi sûrement que ça n’engageait pas l’hôpital s’il y avait une erreur. Cette fois encore le futur papa ne peut pas venir, vraiment un timing de merde à son boulot j’étais bien blasée. Le docteur Mangue (c’est le surnom que je lui ai donné parce que son nom ressemble à celui du fruit en japonais, très débile mais des petites choses futiles comme ça aident à dédramatiser :D) m’annonce que mon locataire a une quéquette. Il n’a failli pas pouvoir voir car il tournait le dos, mais il a réussi à prendre une capture d’écran quand il s’est tourné et a bougé les jambes.

Mes mesures de tension à la maison sont stables, comme j’ai un tensiomètre jugé correct on ne m’accuse plus de trafiquer les chiffres. Bien sûr, la machine de l’hôpital n’en fait qu’à sa tête. Une infirmière qui est là presque à chaque fois et qui est plus empathique que la moyenne me dit qu’à partir de la fois suivante on me prendra la tension manuellement dans la salle d’examen et que je n’aurai donc plus besoin d’utiliser la machine de la salle d’attente.

C’est fini pour cette fois ? Mais non, c’était une blague ! Si la tension ça va, il faut trouver autre chose, voyons ! J’ai pris un peu plus de deux kilos en quatre semaines, ça ne va pas du tout. C’est certain que je mange trop. Je m’attendais à être fliquée pour la prise de poids mais si tôt et si violemment, ils ont quand même réussi à me surprendre. Je suis supposée prendre 8 kilos pendant ma grossesse, pas plus. Sinon c’est certain il y aura des problèmes à l’accouchement et ça sera de ma faute si je ne suis qu’une grosse vache qui n’arrive pas à pousser à cause de tout mon gras. En gros, c’est ça oui. Je ne vais pas nier qu’effectivement, une trop grosse prise de poids augmente les risques de complications. Mais leur manque de nuance est à se claquer la tête contre les murs. Tout ça parce que j’ai pris deux kilos cette fois-là, le médecin considère que ça sera pareil les mois suivants et donc qu’à la fin ça sera beaucoup trop (alors que j’ai pris à peine 5 kilos en tout depuis le début en fait, hein). Il me dit carrément que si je prends trop de poids j’aurai un accouchement à risques et je devrai aller accoucher dans un hôpital universitaire où il n’y a pas la péridurale. Le chantage à deux balles. Pour un putain de kilo de trop. J’essaie de dire que la morphologie des Occidentales est différentes, il me répond : mais ici on est au Japon ! Oui, pardon, cela devrait changer ma constitution et mon métabolisme, suis-je bête ! L’apothéose c’est quand il me demande si je mange des fruits. Oui. Le soir aussi ? Oui. Ah, mais faut pas manger trop de fruits, surtout pas le soir, c’est pareil que de manger un gâteau, ça fait grossir ! Et là je bloque méchamment quand même. Il me demande si je suis d’accord (sous-entendu, je vais être sage et arrêter de faire des conneries). Ben non, je ne peux pas répondre que je suis d’accord. Faut bien que je mange le soir si je ne veux pas me taper de nuit blanche à cause de crampes d’estomac. Une nashi ou une pêche c’est peut-être un peu de sucre mais c’est surtout beaucoup de flotte et ça cale ! Qu’un médecin nie complètement la valeur nutritionnelle des fruits pour les fibres et les vitamines et ne voie que le sucre, ça m’a vraiment choquée. Au moment de mon départ, une infirmière (pas la gentille, une autre) me redit de faire attention, sur le ton “confidences entre filles, je te donne mes bons tuyaux régime”. Je lui dit que je sais très bien que je ne grossis pas trop, ma silhouette ne change pas du tout à part mon ventre (rien de plus sur les hanches, les cuisses ou les fesses, quoi !). Elle me répond : Mais le gras se met à l’intérieur ! Ouais, mes viscères vont être complètement noyées dedans tiens…

Le soir, quand je raconte ma visite à l’autochtone, il a du mal à croire ce qu’on m’a dit. Il décide d’appeler l’hôpital le lendemain. Bien sûr, on ne lui passe pas le médecin en personne. Il arrive à faire admettre à la personne qu’effectivement, une prise de 2 kg en un mois ne veut pas dire que ça se répétera jusqu’à la fin de la grossesse, et que je n’ai pris que 5 kg depuis le départ donc il y a encore un peu de marge. Donc ça va, oui ? Ah, mais oui, il faut faire attention mais ça va. Donc je me fais sermonner et menacer comme une gamine inconsciente, on m’accuse de mettre en danger mon futur enfant mais ça va !

Comme je commence à en avoir ras la casquette du docteur Mangue, je me pose la question de prendre les rendez-vous suivants avec un autre obstétricien. Il y a trois ou quatre médecins différents en tout je crois, et en fait on n’est pas du tout obligé de voir le même tout le temps, on nous demande à chaque rendez-vous. Comme quoi, rien à foutre de la relation médecin/patient. Je trouve quand même ça logique d’avoir toujours affaire à la même personne, même si je me doute que c’est pas pour ça qu’on va finir par aller boire des pots ensemble. J’ai fini par me dire qu’en fait ça ne servirait sûrement pas à grand chose de changer juste de médecin, car les autres devaient être pareils. C’était une manière de faire propre à l’établissement, et surtout une mentalité qui devait être répandue dans tout le domaine médical (du moins en gynéco/obstétrique).

Un dernier trimestre plus calme ?

Nous voilà arrivés presque à la mi-août pour le rendez-vous du septième mois. Enfin, le premier rendez-vous du septième mois en fait, car à partir de là, ça sera toutes les deux semaines. On s’amuse tellement qu’on en redemande Au programme des réjouissances en plus de l’habituel pipi dans le gobelet alors que je suis arrivée à 25 SA : le test de dépistage du diabète gestationnel. Je me délecte d’une petite bouteille de soda contenant 50 g de sucre et 1h chrono après avoir terminé, je passe à la prise de sang. Entre deux, bien sûr, il y aura un petit passage dans la salle d’examen pour l’échographie de routine. Cette fois encore, le docteur Mangue a dû dire que mon locataire était grand, surtout qu’il avait de longues jambes. Je crois vraiment qu’il était persuadé que j’allais avoir un bébé énorme (du moins pour les critères japonais), et c’est aussi pour ça que ça l’arrangeait de me faire accoucher avant le terme. Pourtant je ne pense pas que les estimations de poids soient plus fiables au Japon que dans les autres pays, le nombre de fois où j’ai entendu de la part d’une mère qu’elles étaient à côté de la plaque ! Mais bon, voilà, je prends beaucoup de poids donc ça veut forcément dire que j’aurais un gros bébé, malgré la quantité de contre-exemples que j’avais autour de moi, y compris de mamans de petits franco-japonais). Et bien sûr un gros bébé c’est super dangereux. Là encore, on part d’un risque réel mais on le transforme en fait vérifié à 100% et on ne prend pas en compte d’autres facteurs. C’est quoi un gros bébé au Japon ? En gros, tout ce qui pèse plus de 3 kg. Mais bien sûr, le fait que je sois Occidentale et que j’aie un bassin plus large que la majorité des Japonaises ne compte pas, car on est au Japon. Je comprends que les patientes étrangères, qui plus est non Asiatiques, soient rares, mais c’était peut-être l’occasion de faire un peu de recherche pour se mettre au courant des moyennes de poids et de taille pour les Caucasien plutôt que de me dire que mon locataire était grand ou gros, ou que ma grossesse était en fait plus avancée que ce qu’on pensait ?

Rendez-vous suivant fin août. Ma tension ne bouge pas, étrangement depuis qu’on me la mesure dans la salle d’examen, allongée, avec un appareil manuel, les chiffres sont beaucoup moins alarmants (13/9 maxi). Mais bon, je dois être quelqu’un de si imprévisible et irresponsable qu’il vaut mieux en finir quand même le plus vite possible avec cette grossesse, fuck la nature puisque de toute façon je veux une anesthésie. Pour en finir avec cette fichue machine à tension, je pense qu’outre le cercle vicieux du stress (je SAVAIS que ça allait merder, impossible d’être complètement zen même si je me prenais 5-10 minutes pour bien respirer sur la banquette de la salle d’attente), je suis persuadée qu’il y avait un problème avec ma position à la machine : le siège était trop bas, du coup je devais me pencher et je pense que la hauteur de mon bras par rapport au coeur n’était plus bonne. Mais bon ça je ne me suis même pas risquée à leur suggérer, déjà que je sais même pas que les fruits sont des bonbons ! 😀

Septembre arrive. Je suis maintenant à 29 SA et on me propose un exercice de mesures supplémentaire lors du premier rendez-vous de ce huitième mois : surveiller les mouvements du petit Mame, plus si petit que ça du tout. L’objectif est de prendre un moment dans la journée où l’on peut aisément le sentir bouger, et vérifier combien de temps s’écoule jusqu’à ce qu’on ait pu compter dix mouvements francs. Si ça met plus de 30 minutes, il faut recommencer l’opération plus tard dans la journée pour vérifier. Si ça met au moins une heure, c’est mauvais signe et il faut contacter l’hôpital. Je choisis de faire ça au moment du coucher car la petite bête se montre active. Il mettra rarement plus de dix minutes pour que j’aie le compte, parfois quand je sentais que je m’endormais, je changeais de position pour l’inciter à bouger. Pas eu de grosses inquiétudes de ce côté, après ça peut être délicat si on a un locataire très calme, le mien était quand même du genre pattes de kangourou :D.

Le deuxième examen de septembre, pour les 32 SA, me réserve aussi du nouveau : les tests de bien-être foetal. C’est comme ça qu’on dit en français ? Là, c’est le terme anglais qui est utilisé : NST, pour non stress test. D’après ce que j’ai pu voir ce type d’examen n’est effectué qu’en cas de grossesse à risques en France et certainement dans d’autres pays. Là, on ne m’a rien dit mais je ne pense pas que ça soit à cause de ma tension que j’ai eu à le faire. C’était indiqué dans le planning récapitulatif des visites qui doit être le même pour toutes. Il s’agit donc de faire un électrocardiogramme du petit locataire pour vérifier qu’il est toujours bien dans son logement. On nous installe dans une petite salle avec quelques lits bas et on fixe les capteurs sur le ventre avec une ceinture élastique. Pendant une vingtaine de minutes on entend donc le petit boum boum avec parfois des accélérations (ce qui est signe que tout va bien), et on demande d’appuyer sur un petit bouton quand le bébé bouge. Il fait chaud, je suis allongée, il y a des musiques de Ghibli en mode glockenspiel comme fond sonore… dur de résister au sommeil ! On refera ce test à chacune des visites qu’il me restait, peut-être pas les trois mais au moins deux c’est sûr.

Et les engueulades pour le poids, terminé ? A compter de la fin septembre, j’ai dépassé mon “quota” des 8 kg autorisés. Ce pauvre docteur Mangue semble résigné, il me dira lors d’une visite : je continue à mettre “attention au poids” (il y a des tampons exprès pour mentionner ça dans le carnet) parce que je dois le faire, mais bon pour vous c’est pas pareil. Parce que je suis un cas désespéré, ou parce qu’il a compris que cette limite était parfois (même souvent) impossible à tenir ?

Les dernières visites ont donc été plus tranquilles, ce qui était bien sûr très appréciable avec l’accouchement qui approchait de plus en plus. Pas grand chose à signaler donc pour la visite de 34 SA mi-octobre, à part des tests très glamour : chlamydia (déjà testé au début du deuxième trimestre je crois), et streptocoques B. Aucun soucis à se faire !
Je signale que mes douleurs d’estomac me gênent énormément pour m’endormir le soir, on me dit que c’est normal et on ne me prescrit pas le moindre petit pansement gastrique pour me soulager.

Lors du dixième mois, on doit venir toutes les semaines. Mes deux dernières visites ont donc été à une semaine d’intervalle seulement. Pour la toute dernière, une semaine avant l’accouchement, on n’a même pas pu voir docteur Mangue ! Ce changement a confirmé que ça n’aurait pas été mieux avec un autre médecin : il s’agissait d’une femme pas très jeune, et le fait qu’elle ait sûrement aussi vécu une grossesse ne la rendait pas vraiment plus empathique. J’étais contente que l’autochtone soit là car j’avais quelques questions à poser à propos de l’accouchement. Un peu mais pas trop, parce que je savais déjà que s’il y avait des choses qui ne me plaisaient pas je ne pourrais rien y faire. Spoiler alert : cela s’est effectivement confirmé sur un point que je soupçonnais fortement, et sur d’autres parce qu’avec des surprises c’est encore plus fun.

Les cours pour les parents

L’hôpital ne proposait pas de cours de préparation à l’accouchement en tant que tels, mais des cours pour les parents dont une partie était consacrée à l’accouchement. Vu à quel point l’accouchement et les soins aux nouveaux-nés sont encore considérés comme une affaire de femmes au Japon (de nombreux établissements n’autorisent toujours pas la présence du père à l’accouchement !), j’ai trouvé que la manière dont on cherchait à impliquer les futurs pères était vraiment bien.

Il y avait quatre cours différents à suivre au long de la grossesse, ils avaient lieu le jeudi. Pour ceux qui n’étaient pas disponibles en semaine, ces quatre cours étaient récapitulés en une seule séance le dimanche.

  1. Santé et prévention des risques liés à la grossesse (diabète, hypertension; anémie)
  2. Nutrition, exercices de préparation pour le périnée et les abdos
  3. Après la naissance
  4. Le jour de l’accouchement, techniques de respiration, présentation de la péridurale

Techniquement, j’aurais pu aller aux cours en semaine, mais me déplacer en plus des visites (que je ne pouvais pas avoir le jeudi car docteur Mangue ne consultait pas) pour voir du PowerPoint et lire le livret qu’on nous avait donné lors de notre premier rendez-vous, bof. Nous avons choisi d’aller à une séance du dimanche et de voir ensuite si vraiment c’était nécessaire de détailler plus certains points. Dans ce récapitulatif, on nous a dit clairement que ce n’était pas trop la peine de détailler les techniques de respiration pour l’expulsion car tant qu’on n’était pas en situation réelle c’était dur d’en dire plus que ce qui était déjà écrit dans le livret (et même avec des schémas, les explications du livret je captais pas du tout :p). On a vu une vidéo qui montrait le parcours d’une patiente le jour de l’accouchement, c’était assez marrant les petits cris d’horreur au moment de la pose de la péridurale. Ben oui les filles, c’est bien pour ça qu’on est là, faut savoir ce qu’on veut :D. La petite anecdote à retenir : pour montrer à ces chers messieurs qu’une grossesse c’est fatigant, une des intervenantes a comparé cela à devoir porter un sac de riz à longueur de journées.

Comme l’homme a pu se libérer un jeudi, on est allé au deuxième cours pour avoir un peu de détails sur les exercices. C’était clairement inspiré du yoga, et il y avait des trucs intéressants que j’ai intégré à mon petit programme personnel, mais il y en avait d’autres qui ne convenaient pas du tout à cause de la position de mon bassin. Pas de bol, le deuxième cours c’était aussi celui de la nutrition, et je saturais tellement avec leurs conseils (visite à la nutritionniste, sermons plus résumé du cours du dimanche) que j’ai bien failli me claquer la tête contre les murs. J’avais juste l’impression d’avoir des instructions pour un régime amincissant en fait. Surtout rien de gras, surtout rien de sucré. Exemples de consommation quotidienne de fruits ? Un DEMI kiwi par jour. Parce que clair, avec un kiwi entier tu déclenches du diabète, enceinte ou pas. Suivre ça à la lettre c’était au mieux frustration, au pire carences. Idéal pour être encore plus crevée après l’accouchement ! Et toujours aucune mention sur les précautions à prendre pour la cuisson de la viande, la fraicheur du poisson ou des oeufs ou le nettoyage des légumes consommés crus !

En conclusion

Si j’ai plutôt bien vécu ma grossesse sur le plan physique, le suivi médical n’a pas été particulièrement une partie de plaisir et je me serais bien passée de tant de visites. Au final il n’y a rien eu de grave, et heureusement car ils font déjà tellement chier en temps normal que je ne préfère pas imaginer les proportions que ça aurait pris ! Et non, je n’avais pas d’hypertension gravidique, si ça avait été le cas je pense que malheureusement mon troisième trimestre ne se serait pas aussi bien passé. Je reste choquée de la manière dont le médecin et la majorité du personnel ne se rend même pas compte du stress que peut engendrer leur manière de faire. C’était peut-être à moi de leur apprendre que le stress est mauvais à la fois pour la mère et le bébé ?

En tant qu’étrangère, j’ai été sûrement plus choquée par leur manière de faire, mais j’avais l’avantage de pouvoir prendre plus facilement de recul. Surtout que ma culture m’avait appris à remettre un peu les choses en question (je n’essaie pas de dire que tous les médecins sont ignorants et que j’en sais plus qu’eux en lisant Wikipedia, j’espère que vous aurez compris ^^). Je pouvais toujours me dire que c’était normal que ça soit dur pour moi. Et ça, une autochtone ne peut pas le faire.

Je sais bien que même en France ou ailleurs on ne change pas de maternité ou de médecin juste pour s’amuser, mais là j’ai vraiment eu l’impression d’être prise en otage vu que j’étais dans le seul établissement qui proposait la péridurale à un prix raisonnable. Aller ailleurs ne garantissait pas que j’aurais un meilleur suivi, et j’avais trop peur de regretter de ne pas pouvoir avoir l’anesthésie (oui, je sais, on n’en meurt pas, toutes les femmes faisaient comme ça avant, mais il faut voir les traces que ça peut laisser, si on savait tout d’avance !).

Etant donné sa “spécialité” peu commune, je ne sais pas si l’Eisei Byôin est représentatif des cliniques et hôpitaux japonais qui ont un service d’obsétrique. C’est certain en tout cas que cette vision si confucianiste du médecin qui a le savoir et le pouvoir (surtout si c’est un homme d’un certain âge) et n’est jamais remis en cause (surtout pas par une femme plus jeune), c’est au niveau national. La “vraie” conclusion viendra quand j’aurais enfin raconter le jour du grand show, car c’est quand même pour ça que je me suis coltinée ces dix mois, enfin neuf, enfin pas tout à fait. Avec un peu de chance ça sera avant les deux ans du monstre ! 😀

1 commentaire sur Neuf mois avec Mame-chan : Mon suivi de grossesse au Japon

  1. Je crois qu’en tant qu’étrangère on a toutes étaient choquées par les mêmes sujets et qu’on s’est pris plus ou moins les mêmes remarques.
    Concernant le déclenchement, je suis plutôt pour laisser faire la nature^^ Mais j’avais aussi entendu que ça se faisait beaucoup au Japon notamment parce que les frais d’hospitalisation sont plus élevés les weekends et pendant le nouvel an. Une amie japonaise m’avait dit qu’une de ses amies avait voulu se faire déclencher pour que sa fille naisse en avril et qu’elle puisse l’appeler Sakura…

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