21 avril 2018

Trois ans au Japon

coucher de soleil enoshima

Aujourd’hui, cela fait trois ans que j’ai atterri à Narita pour ce qui était au départ une année au Japon en working holiday. Même si je fais toujours des bilans sur ma vie perso à la fin de l’année, je me suis dit que c’était quand même une occasion de faire un peu le point vu qu’il se passe de nouveau pas mal de choses dernièrement, en attendant de tout raconter en détails.

Même si c’est moi qui ai décidé de venir ici en premier lieu et qui ai décidé d’y rester, je me rends de plus en plus compte avec le temps qu’il faut de sacrées bonnes raisons pour rester vivre au Japon. Et ce n’est même pas parce que j’ai eu des mauvaises surprises ou parce que la vie ici n’est pas comme je le pensais. Je savais à quoi m’attendre, les avantages comme les inconvénients sont toujours les mêmes. Je n’oublie pas du tout les premiers, mais les seconds ne deviennent pas plus faciles à accepter avec le temps. Car quand on a décidé de rester sur le long terme, on fait de nouveaux projets et on rencontre de nouvelles situations qui mettent plus facilement en relief les points négatifs que les points positifs. Je suis toujours aussi heureuse de vivre dans un pays aussi sûr avec autant de bonne bouffe et un super patrimoine naturel et culturel. Mais à côté de ça, il y a toujours la distance avec ma famille et le sentiment d’être une étrangère quoi que je fasse.tokyo

Cela ne veut pas dire pour autant que je veux retourner en France. Même si je n’ai jamais eu le même ras-le-bol que certains expats pour l’Hexagone, je sais très bien que décider de retourner là-bas ne serait pas une mince affaire pour bien des raisons. En fait, si on bougeait, je pense que je pourrais aller à peu près n’importe où en Europe, car ça serait tellement près ! Même la côte est des Etats-Unis, ça serait moins loin ! ^^ D’un côté, cette perspective est alléchante, mais de l’autre, je n’ai pas envie de bouger car je m’installe à peine ici. Surtout vu qu’on vient juste d’acheter une maison ! Ma vie est donc ici pour les prochaines années, mais comme je l’ai dit à mon mari dès le départ, je ne compte pas forcément rester jusqu’à mes vieux jours ! Ce qui est très rassurant, c’est de savoir que vivre ailleurs qu’au Japon est à la fois quelque chose qu’il pourrait faire et qu’il voudrait faire.

Je pourrais dire une multitude de choses sur le fonctionnement de la société japonaise, par rapport au travail, à la famille, à ma situation d’étrangère (touriste quoi !), tout un tas d’éléments du quotidien que tant de personnes considèrent que je ne dois pas avoir le droit de critiquer parce que je ne peux pas comprendre, je ne suis pas japonaise, et qu’il y a toujours une bonne raison pour que ça soit comme ça et que ça ne change pas. Je sais que je fais toujours plein de promesses que je mets beaucoup de temps à tenir quant aux billets à venir sur ce blog, mais j’ose quand même déclarer que sur le long terme, je compte parler de plusieurs de ces choses.tokyo

Ce que je veux dire pour l’instant, c’est que ce qui me pèse au quotidien, c’est cette impression de tout le temps dépenser de l’argent. Je sais bien que c’est comme ça dans n’importe quel pays. Il faut payer sa bouffe, son logement, ses transports, ses loisirs si on peut en avoir. Je sais bien que tout est forcément plus cher vu qu’on est dans une grande ville. Mais quand même, je n’ai jamais eu cette impression avant de tout le temps avoir le porte-monnaie ouvert. Le coût scandaleux des abonnements de télécommunication, les frais liés à un emménagement, les frais de transport au quotidien ou pour les voyages, le prix des fruits et des légumes, le prix du ciné ou des DVD, je ne vois plus que ce qui est plus cher. Et ne me parlez pas de taux de change avec l’euro, cela fait longtemps que je ne fait plus la conversion, ça ne me sert à rien du tout.

Faut dire qu’en plus de l’achat d’une maison, notre deuxième gros projet de l’année 2015 est aussi du genre à coûter bonbon : grossesse, accouchement, équipement, sans parler après de la garde et de l’éducation, tout ce qui tourne autour des enfants coûte bien plus. Je me demande vraiment comment font les familles où il n’y a pas au moins un des deux parents qui a une situation stable. (Du coup, cette manière d’aborder les choses ne fait pas très annonce officielle, mais vu que j’en ai déjà parlé sur Twitter, j’avais l’impression que c’était déjà dit ^^).

Mais n’allez pas croire que je suis une future mère indigne qui ne voit déjà qu’en son enfant une source de dépenses et de difficultés au quotidien. C’est un grand défit qui m’attend, mais je sais que cette nouvelle raison de faire des efforts changera ma manière de voir les choses. Tous ces changements qui s’amorcent ces derniers mois vont certainement m’amener aussi à écrire à nouveau des billets personnels, qui étaient quand même plus rares depuis pas mal de temps. La maison, la grossesse, l’arrêt de mon travail, il y a plein de choses à dire !tokyo1

J’ai presque l’impression d’écrire un billet coup de gueule alors que ça n’est pas du tout mon intention et que je ne veux pas résumer à ça mes trois années passées ici, encore moins celles à venir. Mais voilà, quand on dit que certaines choses doivent être dites, c’est bien vrai. Je vais continuer à assumer mes choix et ne pas oublier tout ce que ma décision de venir ici m’a apporté. Mais c’est certain que l’équilibre de la balance des positifs et négatifs est très fragile, où qu’on soit !

Ce qui est sûr, c’est qu’en ce moment, même si je n’ai plus de travail (ça fait même pas mal de mois maintenant !), j’ai du pain sur la planche pour aménager la maison et préparer l’arrivée de Mametarô (ou Ichirô-Marcel, ça dépend des jours :p). L’été est particulièrement pénible cette année, la chaleur et l’humidité me pompent parfois un peu trop d’énergie physique et morale, mais on devrait se débrouiller ^^. Quand j’aurai fait ma métamorphose de baleine à vache à lait, je ne pourrai plus profiter de la même manière de mes deux loisirs préférés, sorties et visites à Tokyo ou plus loin et concerts, mais il n’est pas non plus question que j’y renonce ! C’est parti pour cette quatrième année, alors que la deuxième moitié de 2015 est déjà entamée et va passer encore plus vite que la première !

9 commentaires sur Trois ans au Japon

  1. J’ai seulement que 2 ans d’expérience en Corée (si on met tout bout à bout), mais je me fais suite fait la même réflexion hier soir « faut avoir de bonnes raisons de rester ». dans le sens où maintenant je me vois mal rester en Corée si c’est pour continuer galérer dans mon coin. Je me vois plus du tout continuer en Corée seule lol donc à moins d’avoir le poste de ses rêves ou justement commencer à avoir une famille, je vois mal comment des gens peuvent rester dans ces pays (japon, corée).
    C’est même pas une question d’être blasée ou se plaindre mais j’ai l’impression que faut voir les choses en face XD
    Je crois que si je n’avais pas rencontré mon copain, j’aurai mis la Corée de côté après mon working holidays vu que j’ai pas réussi à avoir de visa de travail XD et là vu que je galère tjrs à avoir un, bref c’est la merde.

    Je suis contente pour tous tes projets en tout cas, ça donne de l’espoir ! 😀 😀

    • Je suis certaine que tu apprécies énormément la Corée pour un tas de choses, mais ça ne t’empêche pas de venir aux mêmes conclusions que moi, je vois ! Et comme pour le Japon, je suppose qu’il y a des « fans » de la Corée qui s’obstinent à croire que c’est le pays des bisounours et qui n’admettent absolument pas qu’on dénonce les aspects négatifs de la vie là-bas parce qu’on a trop de la chance d’y être et que c’est à nous de tout encaisser parce qu’on est les étrangers ! Mais la chance a un prix, on le voit bien avec les problèmes de visa ! J’espère que tout va marcher pour toi et que tu trouveras un moyen de concilier le professionnel et l’affectif, que ça soit en Corée ou ailleurs ! 🙂

  2. Hello,

    Je viens tout juste de découvrir ton blog via ce billet et j’en suis ravie car ce sont aussi des questions qui me touchent aussi.

    De mon côté c’est ma cinquième année au Japon et je crois que la fameuse du question « rester ou partir » arrive inéluctablement au bout de quelques années.

    Personnellement j’ai fait le choix de rester car je ne me voyais pas rentrer en France, et peut-être que comme toi je commençais tout juste à me sentir bien après 3 ans alors tout rayer et aller recommencer ailleurs… je ne m’en sentais pas la force pour le moment.

    Et que je te comprends pour cette impression de tout le temps devoir ouvrir le porte-monnaie ! Mais je me demandais justement si ce n’est pas parce que l’on paye généralement presque tout en liquide. Certes il y a des choses qui coûtent bien plus cher au Japon qu’en France, mais le fait de « sentir » l’argent qui nous passe entre les doigts a peut-être aussi son poids dans ce ressenti. C’est vrai qu’en France je payais généralement tout ou presque par carte bancaire et j’avais moins la sensation de « vider » mon porte-monnaie.

    En tout cas toutes mes félicitations pour ce petit bout à venir et cette maison achetée, ça fait beaucoup de beaux projets en route !
    Plein de succès à ta petite famille qui s’agrandit 🙂

    • Bienvenue ici ! Je suis toujours contente de faire la connaissance virtuelle d’une autre expatriée au Japon ! 🙂
      C’est clair que le paiement en liquide ça fait une grande différence. Moi aussi je payais tout en carte en France, mais ça ne m’empêchait pas de garder un oeil sur mon budget et de vérifier mon relevé bancaire tous les mois. Après 3 ans le liquide me soûle toujours autant, je n’arrive pas à prendre l’habitude de retirer beaucoup d’un coup même si je sais que niveau sécurité c’est peu risqué, et du coup je suis régulièrement à sec ! Ajoutez à ça le fait que les retraits soient payants et qu’on puisse pas forcément retirer partout… bref, je cherche encore un point positif au système bancaire japonais ! XD
      En tout cas, merci beaucoup pour ton message ! 🙂

  3. J’ai également cette impression de dépense facile au Japon, contrairement à la France.
    Le fait de payer quasi tout en espèce doit jouer, mais également la profusion de choses (inutiles) mais tellement tentantes au Japon.

    Que ce soit nourriture ou objets, il n’y a pas du tout ce sentiment en France, où justement on achète uniquement ce dont on a besoin.

    Donc en enlevant tout ces faux-frais je trouve que le coût de la vie au Japon est plutôt équivalent à celui en France, voir meilleur sur certains points.

    Rien que les aides pour les enfants au Japon sont meilleures qu’en France (c’est une légende l’argent facile de la CAF ou alors il faut vraiment avoir beaucoup d’enfants et peu ou pas de revenus).

    Certes le coût d’un accouchement monte vite au Japon, mais il faut pas croire, c’est pareil en France. Si on veut accoucher dans de bonnes conditions, en ayant une chambre correcte, des sages femmes disponibles pour s’occuper de la mère et de l’enfant et surtout sans être jeté de l’hosto en 2J, on oublie l’hôpital public et on va dans le privé, où les coûts sont les même qu’au Japon, voir même plus chers et là, la sécu… bah elle fait juste jolie quoi.

    Et on pourrait faire des comparaisons pour presque tout, avec au final un coût de vie plutôt proche, mais un confort et une facilité de vie nettement supérieur au Japon.

    Bref, félicitation pour la maison et surtout pour le bébé ! 🙂
    Courage pour les prochaines années, le porte monnaie risque de s’ouvrir encore plus 😀

    • Ma soeur a accouché en France dans une clinique très bien et n’a pas eu un rond à débourser que ça soit pour l’accouchement avec péridurale ou sa chambre individuelle pendant 4 nuits. Son suivi de grossesse a été pris en charge à 100% par la sécu, elle n’avait donc même pas besoin d’avoir une complémentaire.
      Comme je suis une douillette déjà mauvaise mère qui veut bénéficier de la péridurale, je ne vais pas accoucher dans une petite clinique de quartier de base. Mais pas non plus dans un hôpital de bourges des beaux quartiers. Mon suivi de grossesse nous coûtera malgré les coupons municipaux plusieurs dizaines de milliers de yens. L’accouchement va nous coûter dans les 700.000 yens (ouf, on nous en remboursera quand même une bonne moitié ! ça doit être ça qui empêche le taux de natalité de tomber à 0 XD). Si je veux une chambre individuelle et pas les chambres de 4 divisées en boxes où on ne peut pas garder son bébé la nuit, il faudra débourser minimum 20.000 yens par nuit. A ce prix ça me fait une belle jambe de rester 6 nuits !
      Je sais bien que pour avoir la sécu française, il faut cotiser, je sais bien qu’on peut être dans des situations différentes, mais franchement, les coûts n’ont rien à voir pour le médical en général.

      C’est clair que dans un premier temps au Japon on se laisse tenter par plein de choses, c’était mon cas quand je pensais être là pour une période limitée et ce même si j’avais pas beaucoup de budget. Mais c’est pas le gashapon à 200 yens que j’achète tous les deux mois qui me ruine maintenant 😀

      On peut comparer presque tout c’est sûr, et dans bien des cas ça a ses limites, car les modes de vie sont simplement différents entre les deux pays, même si on considère les capitales respectives. C’est évident par exemple qu’il est beaucoup moins envisageable de vivre sur un seul revenu en France alors que beaucoup de gens peuvent encore le faire ici. Et après, chacun accorde plus ou moins d’importance à telle ou telle chose ^^.

      En tout cas, merci pour la participation et les encouragements 🙂

      • C’était il y a quelques temps peut-être ? Et à paris ou en île de france ?

        Pour le suivi de grossesse, on est prise en charge a 100% uniquement à partir du 6ème mois et 12 jours après la naissance et encore, c’est uniquement si on pense à mettre à jour sa carte vitale (dont on n’est pas prévenu), sinon on risque de tout avancer pour l’accouchement, car le dossier est rejeté.

        Donc pour tous les examens, écho et prises de sang mensuelle, il y a intérêt à avoir une bonne mutuelle 😀

        Si on vit en région parisienne, les gynécos sont pour la plupart hors de prix ou complet.
        Les chambres ne sont plus pris en charges depuis un moment par la sécu (seuls les chambres double ou plus, bénéficient d’une prise en charge) et pour tous les examen, médicaments, il y a toujours une retenue (en dehors de la période de 100%).

        Et la sécu ne paye que l’accouchement à hauteur de ~37x€ (<400€), soit le tarif d'un accouchement par une sage femme (pas un médecin).

        Pour la clinique qu'on avait choisi, les tarif allaient de 250€ la chambre simple à 550€ la suite, par jour.
        Notre obstétricien, la visite était de 90€ (x9 mois) et le tarif de l'accouchement 1200€ (après négoce, sinon 1800€ :o).
        Les 3 écho obligatoires 250€, 220€ et 220€.
        Visite de l'anesthésiste 200€. En cas de péridurale, c'était 800€.

        Si on fait un bilan, on devait être pas loin des 7000€, voir plus.
        Dans tout ça, la sécu n'a même pas du couvrir 40% des frais, heureusement que j'ai une bonne mutuelle.

        Certes on est passé par des médecins chers, une clinique cher et des examen chers (grâce à la mutuelle) et on peut tout à fait accoucher pour presque rien en France, mais si on se met dans les même condition qu'au Japon, on est tout de même très proches niveau prix je trouve et avec des aides vraiment moindres en France (car basé sur le revenu).

        Après ça dépend peut-être aussi des préfectures, mais en tout cas à Ishikawa, quand on rentre, si ma femme s'enregistre et enregistre les enfants, on ne débourse rien pour les frais médicaux et on a même le droit à une aide de 30000¥ par enfant / mois.

        Mes beaux-parents sont également très bien remboursés de tous les frais médicaux et on même des "primes" de 5000¥ par jours d'hospitalisation pour les "frais" divers (taxi, nettoyage de vêtements, …).

        Moi quand je vois ce que je paye, comme taxe, par mois pour la sécu et ce que j'ai en retour… 😮
        Bref, c'est pas rose de tous les côtés 🙂

  4. Moi qui n’ai jamais mis les pieds au Japon, je ne peux pas intervenir dans le débat « rester ou partir », etc. mais les réflexions en commentaire ou à travers le post sont très intéressantes.
    Je ne connaîs le Japon et la société japonaise qu’à travers le prisme des séries, documentaires, photos, etc. alors c’est sûr que la vision est erronée.
    J’aimerais beaucoup y passer quelque temps, je ne sais pas combien de temps exactement, mais il y a des endroits – pas forcément les plus connus ou les plus visités – que j’aimerais voir… pour autant, je ne sais pas si je pourrais y vivre.
    Le plus important, Katzina, ce sont tes projets sur le court terme: l’achat de ta maison et surtout le bébé que tu portes. Ce sont les plus beaux projets que l’on puisse avoir dans une vie (selon moi ^^).
    Bonne continuation!
    Je ne commente plus autant qu’avant, mais ton blog est l’un de ceux auxquels je suis fidèle depuis un bon moment et dont je ne me lasse pas.

    • Ca me fait plaisir de savoir que tu es toujours là, et je ne peux pas te reprocher de moins commenter car je me fais rare aussi sur ton blog ! Enfin un peu sur tous les blogs en fait 😀
      Si on peut dire que les drama, c’est pas la vraie vie, je réalise quand même à quel point la manière dont les relations familiales, amoureuses et sociales révèle des choses sur la société japonaise, notamment pour ce qui est du refus et de la peur du changement et de la pensée persistante que la société est uniforme et qu’il y a un seul modèle à suivre dans tous les domaines !
      Pour les documentaires il y a un peu de tout je pense car les Occidentaux tombent facilement dans le travers de vouloir montrer que les Japonais sont des extra-terrestres et nous rabâchent toujours le « tradition et modernité ». Pour autant, je suis la première à ne pas apprécier quand on dit que les étrangers n’ont pas leur mot à dire et ne peuvent pas comprendre la culture et la société japonaises !

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