Titre japonais : 梅ちゃん先生
Nombre d’épisodes : 156
Diffusion : Printemps-Eté 2012
Chaîne de diffusion : NHK
Fiche : DramaWiki
En février 2021, alors que l’asadora en cours de diffusion, Ochoyan, peinait à me divertir (c’est un peu un euphémisme même), j’ai décidé de commencer en parallèle un « vieux » asadora pour avancer dans ma quête ultime d’avoir vu tous les feuilletons du matin de la NHK (quand j’aurai vu tous ceux disponibles d’une manière ou d’une autre ça sera déjà bien ^^). Mon choix s’est porté très logiquement sur un des deux que j’avais le moins envie de voir mais croyez-moi ce n’est pas vraiment parce que je suis maso, mais plutôt parce que je suis maniaque : j’avais vu tous les asadora diffusés depuis le printemps 2010, sauf deux, et c’était vraiment bête de laisser deux petites cases non cochées dans ma liste alors qu’il s’agissait de productions encore relativement récentes et donc disponibles facilement. Même si j’avais un peu l’impression de choisir entre la peste et le choléra, j’ai préféré choisir Umechan-sensei plutôt que Jun to Ai, certainement parce que je trouve qu’un asadora d’époque est toujours plus facile à aborder qu’un asadora contemporain.
Umechan-sensei était en cours de diffusion quand j’ai débarqué au Japon avec mon PVT au milieu de l’été 2012. Avec le décalage horaire et la chaleur qui m’ont donné un rythme tout pourri pendant mes deux premiers mois à Tokyo, la probabilité que je sois devant la télé à 8h du matin était très faible mais pourtant je me souviens d’être tombée au moins une fois sur un épisode. Peut-être plutôt à la rediffusion en début d’après-midi ? Après l’avoir vue dans deux ou trois drama que j’avais déjà trouvés médiocres à l’époque même si mon niveau de tolérance était bien plus élevé, j’avais complètement pris en grippe l’actrice Horikita Maki et sa présence au casting d’un drama était une raison suffisante pour le mettre de côté (on peut pas tout regarder après tout, chacun a ses filtres aussi futiles ou subjectifs qu’ils soient XD). Le tout petit aperçu que j’avais eu d’Umechan-sensei m’avait confirmé que ça s’annonçait compliqué de la voir dans le premier rôle pendant 156 épisodes de 15 minutes. En plus, pas d’espoir d’avoir une chanson que j’aime dans l’opening pour me donner du courage car il s’agissait de SMAP (j’y reviendrai plus bas mais j’ai déjà dit pas mal de fois de manière plus ou moins explicite que pour moi les Johnny’s certains ça passe bien voire très bien en tant qu’acteurs mais que pour la musique y’aura jamais moyen). Mais j’ai décidé quand même de me lancer, n’attendant pas grand chose du drama mais espérant quand même ne pas trop perdre mon temps et pouvoir y voir des trucs positifs. Et vu que j’en ai déjà touché deux mots dans mon récapitulatif des drama vus en 2021 je ne fais pas durer plus longtemps ce suspense insoutenable : j’ai vraiment bien fait !
L’histoire d’Ume-chan sensei nous emmène à l’automne 1945 à Kamata, quartier du sud de Tokyo qui comme tant d’autres a été ravagé par les bombardements pendant la guerre qui vient tout juste de se terminer. Shimomura Umeko est une lycéenne plutôt maladroite dont les résultats ne sont pas brillants. Certains événements vont pourtant la décider à devenir médecin, comme son père. Son parcours ne sera bien sûr pas des plus faciles, et se fera avec en toile de fond les ruines et le marché noir de Kamata, puis la reconstruction et l’essor économique formidable du pays à partir des années 50.
Contrairement à la grosse majorité des asadora d’époque, Ume-chan sensei a deux particularités. La première c’est de situer son action juste après la guerre alors que beaucoup d’histoires commencent typiquement dans les années 20 ou 30 pour se terminer quelque part dans l’après-guerre. La seconde, c’est d’avoir un scénario totalement original et non pas inspiré de la vie d’une personne ayant réellement existé. Elle se rapproche donc sur les deux points de Hiyokko, et aussi d’Ohisama si on ne considère que le second point. Autre remarque et pas des moindres par rapport au scénario : il a été écrit par Ozaki Masaya, qui n’a pas fait que des chefs d’œuvre mais à qui l’on doit l’excellent Kekkon dekinai otoko. Si j’avais vu ça avant, cela m’aurait clairement motivée à regarder le drama plus tôt ! Je ne peux pas aller jusqu’à dire que j’aurais fini par deviner qu’il était à l’écriture, mais une fois qu’on le sait on reconnaît clairement sa patte comme je le dirai plus loin.

Notre héroïne Umeko est la dernière d’une fratrie de trois enfants, chacun nommé d’après l’un des trois arbres traditionnellement associés à la bonne fortune au Japon. Umeko, dont le prénom est donc associé au prunier ume, dernier dans la hiérarchie après le pin et le bambou, est un peu complexée envers sa soeur qui a fait une scolarité brillante et son frère étudiant en médecine qui va suivre les traces de leur père. Elle est à part ça une héroïne d’asadora très typique : un peu naïve, surtout en amour, un peu dans la lune, elle est en revanche sociable, aime aider les autres et va bien sûr se montrer persévérante pour réaliser son rêve. Mais ces traits de personnalité ne sont pas poussés à l’extrême et le ton jamais trop sérieux donc ça passe vraiment bien. Et franchement, vu le type de rôle, ça serait vraiment de mauvaise foi de dire que Horikita Maki est plus mauvaise qu’une autre. Si l’on tombe sur un épisode au hasard comme je l’avais fait on peut effectivement se dire que ouais c’est pas génial. Mais quand on suit depuis le début, qu’on apprend à connaître l’héroïne et son entourage, c’est différent. Cette toute jeune femme simplement gentille, honnête et un peu dans la lune devient vraiment attachante. Comme quoi, c’est certainement très évident mais la prestation d’une actrice ou d’un acteur dépend de l’écriture du personnage et de la manière dont ils sont dirigés. Là, même si je pense qu’elle avait été choisie par la NHK car elle était populaire à ce moment (il n’y a pas eu d’audition pour le premier rôle), il y a quelque chose d’autre derrière pour attirer le spectateur.
Kenzô, le géniteur de notre héroïne est un personnage tout à fait typique de figure paternelle, ce qui ne l’empêche pas d’être très réussi et même attachant. C’est clairement en lui qu’on peut le plus reconnaître l’écriture d’Ozaki : si Kenzo lui s’est bien marié, contrairement au protagoniste de Kekkon dekinai otoko, pour ce qui est du niveau de mauvaise foi et de la manière de se quereller avec certaines personnes ils sont clairement des frères spirituels :D. Et si ça fonctionne si bien c’est parce que rien n’est jamais trop sérieux. Kenzo est sévère, exigeant, ne rate pas une occasion pour rappeler que c’est lui le chef, mais au bout du compte les autres membres de la famille Shimomura aiment bien aussi se moquer gentiment de lui pour ça. Et puis au-delà de son image de brillant médecin dans un hôpital universitaire, Kenzô a une histoire personnelle un peu particulière qui est intéressante. Takahashi Katsumi est assez parfait dans ce rôle.

A côté d’un tel mari, Shimomura Yoshiko (Minami Kaho) est forcément plus discrète mais on ne peut pas dire qu’elle se laisse marcher sur les pieds. Elle a une bonne relation avec sa belle-mère Masae (Baisho Mitsuko), peut-être en partie au moins en raison de l’histoire particulière de Kenzo, et toutes deux remettent parfois ce dernier à sa place.
Matsuko, l’aînée de la fratrie Shimomura, tient donc son nom du pin japonais matsu et est une fille modèle : elle est jolie, a fait une scolarité brillante et est fiancée à Satoshi (Narimiya Hiroki), mobilisé en tant que médecin dans un hôpital militaire de Kyûshû au début de l’histoire, et à qui Umeko semble attachée comme à un deuxième frère. Dit comme ça, on dirait qu’on a affaire à une miss parfaite et que ça ne doit pas être intéressant mais le parcours de Matsuko est aussi touchant qu’intéressant et j’étais contente de revoir Mimura (qui depuis quelques années maintenant est créditée sous son nom complet, Mimura Rie).
A travers Takeo, second de la fratrie et seul garçon, on retrouve le thème souvent abordé mais non moins intéressant de la relation conflictuelle père/fils. On sent très vite que si Takeo est supposé devenir médecin comme son père, il a du mal à gérer la pression que créent les attentes de ce dernier et se questionne sur sa vocation. J’étais bien contente de retrouver dans ce rôle Koide Keisuke, un acteur que j’ai apprécié dans tous les rôles dans lesquels je l’ai vu, de l’exubérant Masumi de Nodame Cantabile au dramatique N no tame ni en passant par le jeune samurai de JIN. En préparant ce billet je me demandais ce qu’il avait fait d’autres comme drama qui pourraient m’intéresser et j’ai appris qu’il avait arrêté sa carrière en 2017 après qu’un tabloïd a révélé sa « relation » avec une mineure. Tout de suite, moins sympa le gars. Plus cyniquement on peut dire que c’est pas de bol de s’être fait prendre car ça devait être ni le premier ni le dernier. Bref, séparons l’homme de l’artiste, toussa…

La famille Yasuoka habite juste à côté des Shimomura. Le père, Kokichi, est habile de ses mains et possède un atelier où il va façonner des pièces de métal utilisées dans l’industrie. Son passe-temps favori est de se bouffer le nez avec Kenzô sur tout et n’importe quoi, et surtout sur la question de la limite entre leurs propriétés respectives. Ce n’était ni la première fois, ni la dernière fois que je voyais Kataoka Tsurutaro dans un asadora et il est clairement un des acteurs que j’aime retrouver dans des rôles secondaires.
Le fils Yasuoka, Nobu, est l’ami d’enfance de notre héroïne. Même si sa relation avec son père n’est pas toujours facile, il va devenir son partenaire dans le développement de l’atelier familial. C’est Matsuzaka Toori, que l’on a retrouvé quelques années plus tard dans l’entourage proche de l’héroïne de Warotenka, qui tient ce rôle. Et en fait, si on retrouve très souvent des acteurs ou actrices d’un asadora à l’autre, ce n’est pas si courant que leur rôle ait la même « fonction » par rapport à l’héroïne, généralement il y a un changement de génération. Nobu est lui aussi assez attachant et il va soutenir Umeko dans son parcours même s’il se sent un peu exclu de l’univers médical qu’elle va rejoindre vu son origine sociale un peu plus modeste.

Le frère cadet de Kenzô, Yôzô, a un caractère complètement opposé à son aîné et sans surprise leur relation est plutôt explosive. A travers le personnage de Yôzô (Tsurumi Shingo), on nous montre les balbutiements du développement commercial qui va aller de pair avec la reconstruction du Japon : au -delà des marchés noirs, le succès semble pouvoir être au rendez-vous pour quiconque sait prendre un peu de risques et montre une habileté à convaincre les gens.
A l’école de médecine des filles (parce que déjà qu’on les autorise à étudier la médecine, on va pas non plus les mélanger avec les garçons !), Umeko va faire la connaissance de plusieurs autres jeunes femmes. Chacune a bien sûr ses propres circonstances, motivations et caractère, et la dynamique de ce petit groupe d’amies est franchement réussie. J’ai notamment bien apprécié les personnages de Yayoi (Tokunaga Eri, croisée dans plusieurs autres asadora) et de Noriko (Nishihara Aki, l’amie de l’héroïne de Hana Yori Dango que je n’ai quasiment jamais revue même si je l’aime beaucoup !).

Lors de leur internat, Umeko et ses camarades vont enfin être autorisées à se mêler à la gent masculine et vont donc collaborer avec plusieurs étudiants dont Matsuoka (Takahashi Mitsuomi) et Yamakura (Mitsushima Shinnosuke, le frérot de Hikari), chacun assez particulier à leur manière.
Plus tard dans son parcours, Umeko va faire la connaissance de Sakata, un médecin au parcours et à la pratique un peu particuliers qui va la prendre sous son aile et influencer sa manière de voir le soin. Ce personnage incarné par Sera Masanori (qui est chanteur avant d’être acteur, je l’apprends en vérifiant sa page Wikipedia car je ne le connaissais pas) est assez marquant dans son genre. L’infirmière qui assiste Sakata, Shizuko, est jouée par Kimura Fumino et j’ai trouvé ce personnage vraiment sympa.

Comme je l’ai déjà évoqué, l’histoire d’Umechan-sensei s’inscrit dans le contexte de l’immédiat après-guerre et de la reconstruction et j’ai beaucoup aimé tous les petits détails qui ancrent le drama dans son contexte historique, avec par exemple la question de rétablir la limites entre les propriétés alors que les documents officiels ont été détruits. Même s’il y a plein d’asadora qui se passent avant, pendant et après la guerre, chacun apporte toujours des éléments intéressants et celui-ci ne fait pas exception. La guerre est finie, mais elle a toujours des conséquences dans la vie des gens qui l’ont vécue, et l’absence de ceux qui ne sont pas rentrés se fait sentir. En partant des ruines du quartier de Kamata et du marché noir aux prix prohibitifs, on mesure les énormes changements que le Japon va connaître avec la multiplication des petits ateliers urbains et des entreprises de commerce. Le nouveau mode de vie moderne est évoqué à travers les immeubles flambant neufs des danchi et les fameux trois trésors électriques (télé, frigo, machine à laver).
J’ai tout de suite bien accroché à l’ambiance d’Umechan-sensei ; si on n’est pas dans la comédie pure et qu’il y a des moments dramatiques, tout n’est jamais non plus trop sérieux et le côté très tranche de vie fonctionne vraiment bien. J’adore les asadora basés sur un personnage réel, et il est évident que même dans ces cas le scénario prend des libertés et celui qui l’écrit pose son ton. Mais parfois, c’est quand même bien aussi que les personnages soient tous entièrement fictionnels, là dans ce cas ça met aussi très bien en valeur le contexte historique. En plus, Ozaki s’est apparemment basé sur les témoignages d’étudiantes en médecine contemporaines de son personnage principal donc niveau authenticité il n’y a rien de moins.
Je trouve aussi intéressant de mentionner qu’Umechan-sensei a été en partie tourné à Takagi dans le département d’Ibaraki, et l’année juste après la catastrophe du Tôhôku. Si ce sont les départements plus au nord qui ont été le plus touchés, Ibaraki l’a été aussi pas mal et le tournage de l’asadora s’est fait dans le cadre d’un programme de soutien à cette région. J’ai lu aussi que c’était la première fois que la NHK utilisait des effets spéciaux basés sur des images d’époque dans ce type de production et le résultat est plutôt sympa (on ne parle pas non plus de film à gros budget, on ne peut pas attendre ce niveau d’un asadora mais ça atténue l’effet décor).
Si l’ambiance est aussi chouette, c’est aussi grâce à l’excellent OST de Kawai Kenji. Ce qu’il a fait par la suite pour l’asadora Manpuku était bien sympa, mais j’ai trouvé que son travail pour Umechan-sensei était vraiment plus marquant. Je sais que je ne découvre rien du tout vu le CV du bonhomme, que j’admire de longue date évidemment pour la musique des Ghost in the Shell mais aussi celle d’Avalon, mais ça fait quand même franchement plaisir. J’ai d’ailleurs revu tout récemment l’anime Windy Tales et j’y ai encore plus apprécié son travail que la première fois je crois.
Et la chanson du générique alors ? Je dois avoué que quand j’ai pensé SMAP, mon cerveau m’a sorti Sekai ni hitotsu dake no haaa, leur plus gros succès et la seule de leur chanson que je connais vraiment. Parce que oui, j’avoue, je ne me souvenais absolument pas de Sakasama no soram car même si elle a été composée par Kanno Yôko (Il y a plein de gens bien qui ont composé/écrit pour les Johnny’s je crois, Shiina Ringo par exemple), c’est chanté par cinq gars dont la voix n’a franchement rien de génial et je resterai à jamais hermétique à ce concept de faire chanter tant de gens systématiquement dans une chanson XD.
Par contre, visuellement l’opening d’Umechan-sensei est tout aussi intéressant que la plupart de ceux des asadora des années 2010 ; il utilise le travail de Yamamoto Takaki, un créateur de diorama. Je vous ai mis une vidéo qui montre l’oeuvre en question, qui montre un quartier populaire typique de l’ère Showa et qui a été exposée dans pas moins de 20 villes du Japon (j’aurais bien aimé la voir !).
Je ne rentrerai pas plus dans les détails car plus de cinq ans ont passé depuis mon visionnage et il y a beaucoup d’autres asadora qui attendent que je parle d’eux (c’est aussi pour ça que j’ai renoncé à trouver des screencaps de qualité meilleure et plus constante), mais Umechan-sensei a été une excellente surprise et même si j’ai vu une bonne douzaine d’autres asadora depuis, il est toujours je dirais dans la première moitié de mon classement. Son héroïne est aussi sympathique qu’elle peut l’être étant donné les traits de caractère qui font partie la plupart du temps du contrat asadora, les personnages secondaires sont dans l’ensemble très intéressants, l’histoire se renouvelle assez bien et si on peut avoir ses moments préférés il n’y a pas non plus d’arc vraiment creux. C’était un plaisir de retrouver tout ce petit monde épisode après épisode et de suivre le parcours d’une héroïne qui n’est certes pas tout à fait ordinaire pour l’époque mais qu’on ne cherche pas à rendre non plus exceptionnel. Un bon choix pour débuter ou continuer votre parcours asadora si vous aimez l’actrice principale… ou pas !
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