24 septembre 2018

[Drama] Hanzawa Naoki

hanzawa naoki

Titre japonais : 半沢直樹
Nombre d’épisodes : 10
Diffusé en : Eté 2013
Chaîne de diffusion : TBS
Fiche : DramaWiki

 

Au moment de la diffusion de ce drama en été 2013, j’étais plus occupée par mon mariage, mon installation au Japon et la recherche d’un boulot que par les repérages des nouvelles séries japonaises. Cela ne m’avait pas empêchée d’avoir des échos de Hanzawa Naoki. Le drama de TBS a en effet eu un taux d’audience qui n’a cessé de grimper épisode après épisode et a fini par battre le record établi un peu moins de 2 ans avant par Kaseifu no Mita, qui avait été la première série  depuis la fin des années 90 dont un épisode dépassait le taux d’audience de 40%. Qu’il s’agisse de séries, de films, de musique ou de livres, les chiffres reflétant un succès commercial ne sont bien sûr pas synonyme de qualité mais cela éveille forcément la curiosité. J’ai donc mis le drama en bonne place sur ma liste lorsque j’ai fait mon petit rattrapage de repérages pour 2013. Mais les choses étant ce qu’elles sont, ce n’est que fin 2017, alors que j’essayais de revoir un peu mes priorités de visionnage, que j’ai décidé qu’il ne fallait pas laisser Hanzawa Naoki de côté plus longtemps. En plus, il intéressait mon autochtone, donc ça tombait bien car on cherchait une série à regarder ensemble. Comme je l’expliquerai plus bas, j’avais oublié les arguments que pouvaient avoir le drama en sa faveur autres que son taux d’audience et son acteur principal. Je n’ai pas tardé à m’en rappeler, et surtout à comprendre pourquoi il avait eu du succès !

Hanzawa Naoki est un jeune et talentueux banquier responsable de la section prêts dans une agence clé de l’une des plus grosses banques japonaises à Osaka. Il n’ambitionne pas moins que d’arriver jusqu’au poste de président, et a pour cela des raisons particulières. Mais contrairement à la majorité de ses collègues et supérieurs, il ne compte pas tremper dans la corruption ou autres magouilles en tous genres pour se faire des alliés et grimper les échelons. Et évidemment, ses manières un peu trop directes ne sont pas du goût de tout le monde. Avec pour devise « Si je me fais avoir, je le rends en double » (désolée pour la traduction un peu trop littérale, mon cerveau est rouillé), notre héros va avoir pour mission de récupérer une grosse somme d’argent qu’il est accusé d’avoir fait perdre à sa banque sous peine de se voir muter dans une succursale à Perpète-les-Oies et de voir ainsi sa brillante carrière prendre fin. 

Le hasard fait parfois bien les choses. Au moment de commencer Hanzawa Naoki, je me souvenais que le drama était l’adaptation d’un roman, mais j’avais oublié de qui. En fait, il s’agit plus exactement de l’adaptation des deux premiers volumes d’une série de romans d’Ikeido Jun, l’auteur à l’origine de Soratobu Taiya, que je venais justement de terminer de voir. Si les histoires sont très différentes, le milieu est en gros le même et on reconnait la manière de l’auteur de traiter son sujet. Si Soratobu taiya c’était en gros 80% relations humaines et 20% suspense, là les proportions sont inversées et c’est de là que vient le côté très addictif de la série. Mais le premier épisode de Hanzawa Naoki m’a également fait penser à un autre drama et à une autre romancière : Karei naru ichizoku et Yamasaki Toyoko. Et ça n’est pas pour rien : non seulement on retrouve chez les deux auteurs une habilité similaire à décrire les rapports de force dans le milieu financier et industriel, mais en plus le staff de TBS qui s’est occupé de l’adaptation de Hanzawa Naoki compte plusieurs personnes en communs avec celui de Karei naru ichizoku, à commencer  par le réalisateur/producteur Fukusawa Katsuo et le compositeur Hattori Takayuki.hanzawa naoki hanzawa naoki

Celui qui porte la lourde responsabilité d’incarner le héros qui donne son nom au drama est Sakai Masato. Ceux qui lisent régulièrement mes billets drama savent peut-être déjà que j’ai mis beaucoup de temps à l’apprécier (j’ai eu le déclic avec Ôoku) et objectivement, son jeu très marqué par ses expressions faciales est particulier. Mais il y a pas à dire, il fait du sacré bon boulot. Quand j’ai survolé les épisodes de la série pour prendre des captures d’écran, je me suis dit qu’on pourrait facilement lui donner le premier prix dans un concours de regard tueur, il fait de sacrées démonstrations à chaque épisode et son sourire un peu ambigü est dans ce contexte très efficace. Hanzawa fait partie de ces héros qui attirent facilement la sympathie du spectateur. Comme c’est très souvent le cas dans les fictions japonaises, ses motivations trouvent racine dans son passé avec une histoire liée à sa famille, ce qui en soit n’a rien d’original, mais ça fonctionne car c’est tout à fait crédible. Sur ce point, l’histoire m’a beaucoup fait pensé à Hagetaka. Si Hanazawa est un personnage réussi, c’est parce qu’il n’est pas un justicier tout blanc. On peut sentir à plusieurs reprises qu’il est prêt à céder à la tentation de jouer le jeu du système qu’il essaie de combattre et le fait qu’il agisse par désir de vengeance est bien sûr dangereux. Mais la grande force de notre homme est de savoir prendre du recul et de se remettre en question. 

Le drama dresse un portrait souvent peu flatteur du domaine de la finance japonaise qui doit être assez fidèle à la réalité puisque avant d’être romancier, Ikeido Jun était… banquier ! De là à imaginer une part d’autobiographie dans le personnage de Hanzawa, il n’y a qu’un pas. Et puis la banque qui s’appelle Tokyo Chuo Ginkô dans la fiction est très clairement la MUFG du groupe Mitsubishi, déjà visé dans Soratobu taiya. En gardant le silence sur les magouilles de leurs supérieurs et en gagnant les faveurs des plus hauts placés, les employés espèrent effectuer une brillante carrière. Au moindre faux pas, ils peuvent être mutés dans une des multiples entreprises du groupe tentaculaire et se retrouver à faire un travail qui n’a rien à voir avec leur métier de base. Dans cet univers impitoyable où il n’y a qu’un pas entre pression pour les résultats et harcèlement, il faut composer avec les deux factions issues des deux différentes banques avant la fusion. On nous montre que pour faire face aux inspections des autorités, les banques ont des petites stratégies de dissimulation de documents, dont Hanzawa lui-même va profiter. 

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Il est inutile de s’arrêter en détail sur les nombreux employés de la Tokyo Chuô Ginkô qui vont croiser le chemin de Hanzawa à un moment ou l’autre de l’histoire. Je retiendrai juste que les plus puants d’entre eux ont vraiment la tête de l’emploi. De grand gamins tellement sûrs de leur autorité qu’ils perdent en fait assez vite leurs moyens quand leur interlocuteur ne joue pas leur jeu. Au sommet de la hiérarchie règne le taciturne président Nakanowatari, rôle trop facile pour Kitaoji Kinya. Owada, le directeur exécutif, est en tête de liste pour lui succéder et il est donc essentiel d’être bien vu par lui. Kagawa Teruyuki se montre une nouvelle fois brillant dans ce rôle.

En vrac du côté des collègues et supérieurs de Hanzawa : Asano, le directeur de l’agence d’Osaka si heureux de décrocher un prix de performance, Ogiso, incarnation du lèche-botte avec ses supérieurs et véritable tyran bourré de tics avec ses subordonnés, et Naitô (Yoshida Kotarô), responsable de l’une des sections les plus prisées au siège de Tokyo. Et puis il ne faut pas oublier les trois employés qui secondent Naoki à la section prêts et qui vont être victimes de pressions lorsque leur supérieur va devenir persona non grata dans son agence. Parmi eux, on retrouve Nakajima Yûto qui joue un newbie classique mais un peu moins gaffeur que la moyenne. 

Un autre personnage a un statut un peu particulier et est en concurrence avec Hanzawa puisqu’il peut poursuivre le même objectif mais pour différentes raisons. Il s’agit de Kurosaki (Kataoka Ainosuke), agent de la répression des fraudes fiscales. Avec ses gestes et sa manière de parler aussi efféminés que théâtraux il est clairement gay, et je suis assez mal placée pour juger mais au bout du compte je l’ai trouvé plutôt amusant, dans le sens où c’est très incongru vu le milieu professionnel dont il s’agit (il faut voir la manière qu’il a de motiver ses subordonnés :p). Ca reste assez cliché mais en même temps ce n’est pas du tout dans ce genre de drama que j’attends une analyse sociale du sujet.

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Côté clients, notre banquier a parfois aussi affaire à des cas très particuliers, pour ne pas rentrer dans les détails. Higashida, directeur d’une aciérie du Kansai (Ukaji Takshi fait très bien le beauf bling bling) et sa maîtresse Miki (Dan Mitsu) qui n’est manifestement pas avec lui par amour, puis Yuasa (Suruga Tarô), jeune président d’un prestigieux hôtel qui n’aspire pas au même avenir que sa seconde, Hane (Baisho Mitsuko), pour l’entreprise familiale. 

Le monde de la finance et des affaires est très masculin, et les deux femmes présentées ci-dessus sont au final les seules dans l’univers professionnel pur de Hanzawa Naoki. L’autre personnage féminin clé de la série, présent sur l’affiche, est celui de Hana, l’épouse de Hanzawa Naoki. Le rôle est plutôt sans risque pour Ueto Aya, mais le personnage permet d’explorer les dessous de la véritable communauté d’épouses qui existe dans certains domaines professionnels, en particulier lorsque les familles habitent dans des logements de fonction comme c’est le cas ici. On est en quelque sorte à l’arrière du front, mais les rivalités sont les mêmes et l’avenir de ces messieurs banquiers peut aussi dépendre de l’entente de leur épouse avec l’épouse d’un tel bien placé. Encore un point commun avec l’univers de Yamasaki Toyoko, je pense en particulier à Shiroi kyoto. On devine une dynamique de groupes et d’exclusion aussi effrayante que dans les cours d’écoles japonaises parmi ces femmes dont la majorité est aveuglément dévouée à la réussite de son conjoint et ne vit que par ça et pour ça. Hana, elle, essaie de faire le minimum syndical même si son mari lui dit qu’elle n’a pas à se forcer pour ça. La limite entre vie privée et vie professionnelle est donc très floue, et le drama traite aussi à plusieurs la question des conséquences sur sa famille d’une mise au placard ou du licenciement d’un employé.

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Last but not least, Hanzawa va pouvoir compter sur deux camarades de promotion avec qui il est resté très proche. Le premier, Tomari, fait partie de la section d’audit interne des prêts et aide tant qu’il le peut Hanzawa sans faire de vagues. J’ai beau être consciente qu’Oikawa Mitsuhiro n’est pas le meilleur acteur du monde, je le trouve toujours aussi sympa et le look banquier avec lunettes à monture argentée lui va à merveille (et puis on peut toujours l’imaginer en Besshi :p). A travers les épreuves traversées par le troisième ami du groupe, Kondô, le drama montre les dégâts causés par le harcèlement au travail et la rigidité du monde de l’entreprise au Japon, doublés de cette pratique des grandes compagnies japonaises de ne pas toujours assigner les nouveaux employés à une spécialité qui leur convient et leur plait (ceci est le cas d’autres personnages, dont Tomari). Le personnage de Kondô, qui m’a fait découvrir Takito Kenichi, est extrêmement touchant et c’est à travers lui que Hanzawa Naoki montre le plus sa dimension humaine. La manière dont sont illustrés les moments où Kondô est au bord du gouffre et le moyen qu’il trouve pour parvenir à se reprendre sont terriblement parlants.

La solidarité qui existe entre Hanzawa, Tomari et Kondô est belle à voir, et même si le drama ne met pas en scène une simple guerre des générations, on sent bien que le jeune trio représente une nouvelle manière de faire et une nouvelle vision des choses et cherche à apporter des changements à une organisation rongée par plusieurs maux. Hanzawa, idéaliste ou pas, cherche à revenir à la raison d’être des banques pour les entreprises, qui est de soutenir ces dernières pour assurer leur croissance et leur pérennité, de connaître vraiment leur métier et pas simplement d’accorder un prêt quand c’est sans risques pour faire du chiffre mais de tout lâcher quand on pense que ça va mal tourner. 

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Le grand point fort de Hanzawa Naoki, c’est d’appliquer une recette habituellement réservée aux histoires criminelles à un univers complètement différent et a priori rébarbatif. On a un héros dont la principale motivation est la vengeance, on a un suspense de dingue à chaque fin d’épisode, on a un paquet de retournements de situation, un paquet de situations où on se dit : il est dans la merde là, il va forcément s’en tirer, mais comment ? Mais pas de cadavre, pas de flingues, pas de courses poursuites (enfin presque), pas de meurtrier à débusquer. Notre banquier cache la plupart du temps bien son jeu, et la manière dont il arrive à sauver ses fesses et avancer en direction de son but surprend autant le spectateur que ses adversaires. Même si elle est loin d’être une comédie, la série ne se prend pas non plus à 100% au sérieux et assume le côté presque théâtral de certaines de ses scènes. Vous allez me dire, le surjeu dans les drama japonais c’est bon on a (trop) l’habitude mais là c’est un peu particulier. 

Au niveau de la réalisation, certains plans m’ont immédiatement fait tilter pour faire le rapprochement avec Karei naru ichizoku : la manière de filmer ces messieurs importants qui se déplacent dans la banque, certains plans urbains et surtout ce soleil couchant flamboyant qui revient plusieurs fois. En plus, une partie de l’histoire se déroule à Osaka et on nous parle d’une aciérie ! J’ai aussi beaucoup aimé la manière dont étaient filmées les séances de kendô de Hanzawa et Kondô, qui jouent un rôle particulier dans l’amitié des deux hommes.

Le thème principal de Hanzawa Naoki (cliquez sur le lien pour l’écouter, je n’ai pas pu intégrer la vidéo Youtube) a un côté obsédant, le genre qui reste dans la tête tous les jours tant qu’on regarde la série et qui nous rappelle qu’on veut voir la suite. J’imagine qu’on peut le trouver agaçant à la longue, surtout qu’on l’entend dans le générique et que du coup il n’y a pas de chanson thème, mais je l’ai trouvé vraiment efficace et j’ai aimé aussi ses variations plus calmes. Une autre OST réussie pour Hattori Takayuki !

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Verdict : Hanzawa Naoki c’est très chouette, ça change, il n’y a pas de gros défauts et vu comment le suspense est bien mené je comprends tout à fait que la série ait pu attirer tant de spectateurs. TBS a depuis exploité le filon Ikeido Jun en adaptant avec grosso modo la même équipe pas moins de trois autres romans : Roosevelt game, Shitamachi rocket et Rikuou. Etant donné le bon boulot que la chaîne fait avec l’équipe qui s’occupe des adaptations de Minato Kanae, on peut penser que ces drama valent aussi le détour. Mais ce qu’on attend surtout, c’est la suite de Hanzawa Naoki ! Parce que là, il y a encore deux volumes à adapter, et vu la fin du drama on voudrait trop savoir ce qu’il se passe après ! Cette fin, franchement, assez forte. Y’a un truc qu’on attendait, mais un autre pas du tout même si au bout du compte il est très logique. Bref, je comprends que Sakai Masato a dû être occupé par son taiga en 2016 (le succès de Hanzawa Naoki a dû jouer pour qu’il décroche ce gros rôle), mais quand même, on est en 2018 là, et on attend ! ^^

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