22 novembre 2017

Emile Zola – Lourdes

Après avoir lu fin 2010 Vérité, j’étais encore plus curieuse de continuer à découvrir ce qu’avait écrit Emile Zola en-dehors de son cycle des Rougon-Macquart. J’ai décidé de commencer le cycle des trois villes, dont on m’a offert les volumes Folio pour différentes occasions. Si j’ai lu le roman en version papier quand j’étais chez moi, j’ai profité de mon Kindle, tout nouveau à ce moment, pour poursuivre ma lecture dans les transports.

Le héros de ce cycle est Pierre Froment, un jeune curé qui s’efforce de retrouver la foi qu’il a perdue. Dans ce premier volume, nous faisons sa connaissance en le suivant dans un pélerinage à Lourdes, où il accompagne son amie d’enfance Marie,  paralysée des jambes depuis plusieurs années, et qui place tout son espoir dans la bonté et la pitié de la Vierge.

Le roman débute alors que Pierre et Marie, accompagnés du père de celle-ci, viennent de quitter Paris à bord du train blanc qui va les amener à Lourdres. Ils sont entourés de malades et d’infirmes, et le voyage s’annonce long et pénible, aussi bien pour ceux qui espèrent être guéris que pour ceux qui les accompagnent, membres de la famille comme bénénvoles ou religieuses.

L’histoire prend du temps à se mettre en place, et je dois dire que j’ai eu du mal au début à m’y plonger vraiment. Mais les descrptions si vivantes et minutieuses de l’auteur ont comme d’habitude fini par opérer, et ma curiosité envers les différents personnages a vite grandi grâce à la narration admirable. On a l’impression de se retrouver nous aussi entassés dans le train avec tous ces malades, on sent la longueur du voyage, on veut aussi arriver à Lourdres et savoir ce qui nous attend.

Le roman fait près de 600 pages dans son édition Folio, mais son histoire se déroule sur cinq jours seulement. Le temps que dure le pélerinage, pas plus, pas moins. Et sur ces cinq jours de récit, pas une seule ellipse n’est faite. On peut dire que l’on suit les différents protagonistes en temps réel. Et si cela freine au départ l’immersion, par la suite elle se trouve renforcée. Les seuls moments où l’on quitte un peu le présent du récit sont quand Pierre se plonge dans ses souvenirs. C’est pas eux que l’on apprend à connaître le personnage. On se retrouve dans sa tête, on découvre à quel point il est perdu et torturé, à quel point il souffre de devoir faire semblant de croire, et à quel point il aime Marie.

Alors que La faute de l’abbé Mouret avait déjà pour personnage principal un homme d’église et que le thème de la religion est extrêmement présent dans Vérité,  Zola met plus que jamais le catholicisme au coeur de son roman. Et cette fois encore, ce n’est pas l’existence de Dieu qui est remise en question, ce ne sont pas les croyants qui sont considérés comme stupides, mais c’est bien ce que les hommes font de la religion, et les effets que celle-ci a sur la société que l’auteur nous montre. Pour maintenir son pouvoir, sa richesse et son influence, l’Eglise garde hommes et surtout femmes et enfants dans l’ignorance et la terreur de l’Enfer, avec pour seul espoir le paradis…

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Avant de commencer l’écriture de ce roman, Emile Zola a lui-même effectué un voyage à Lourdes, et cela lui permet de nous offrir des descriptions fourmillant de détails. Je me répète, mais on s’y croirait vraiment. On sent fortement la présence de l’écrivain dans le personnage de Pierre. Je ne suis jamais allée à Lourdes, mais maintenant j’ai un peu l’impression de connaître la ville, d’avoir vu la basilique, de m’être mêlée à la foule devant la grotte, d’avoir fait la procession nocturne.

Par l’intermédiaire de Pierre, le romancier nous conte toute l’histoire de Bernadette ainsi que celle de la ville, qui s’est trouvée transformée suite aux visions de la jeune bergère et qui est divisée entre ville ancienne et ville nouvelle. Et c’est tout simplement fascinant. La véritable industrie mise en place par l’Eglise, qui brasse des sommes d’argent colossales grâce aux dons et aux achats de cierges et autres objets saints, n’a rien à envier à la machine commerciale des grands magains dans Au bonheur des dames.

Autour de Pierre et Marie, les personnages sont nombreux, et l’auteur prend le temps de développer l’histoire et la personnalité de chacun, de la jeune femme très belle mariée à un mari tyrannique qui profite du pélerinage pour rencontrer son amant, à la pauvre mère qui a fait le voyage avec sa petite déjà mourante et a à peine de quoi se nourrir et se loger sur place, en passant par une famille dont le fils est gravement malade et qui espère secrètement la mort d’une riche tante. Toutes les classes sociales sont présentes, et, riche ou pauvre, chacun se retrouve à égalité devant la maladie et a les même espoirs fous de miracles et de guérison.

Comme dans ses autres oeuvres où il aborde la religion, Zola oppose celle-ci à la science, au progrès et à la raison. Pierre est depuis des années déchiré entre le souvenir de sa mère très croyante et celui de son père, scientifique décédé en faisant une expérience. Alors qu’il croit les hommes de science à l’abris des croyances dans les miracles de Lourdes, le jeune prêtre va avoir bien des surprises, et se rendre compte notamment que le désespoir peut amener à croire. L’analyse de ce besoin de croire  et du phénomène de miracle chez les différents protagonistes donne une véritable dimension psychologique au roman.

Tout comme dans Vérité avec l’épouse du personnage principal, l’auteur met en évidence le rôle particulier que joue la femme, ou du moins qu’on lui fait jouer, dans la religion. La culpabilité et le pêché imposés par l’Eglise s’opposent ainsi à la vie et à la fécondité. Par extension, l’interdiction des prêtres de se marier est elle aussi dénoncée. Et si bien des choses ont changé en ce début de 21ème siècle, ça c’est toujours d’actualité, et ça fait réfléchir.

En plus de ces multiples dimensions, il existe un véritable suspense sur la guérison de Marie et sur les conséquences qu’elle aurait si elle se produisait : Pierre a en effet décidé que si Marie marchait à nouveau, il se résignerait à croire. Mais va-t-il vraiment pouvoir le faire ? Peut-il en venir à espérer qu’elle ne guérisse pas ? Se sentira-t-il vraiment libéré dans ces conditions ? Le personnage, dont on connait la moindre pensée, est criant d’humanité.

En compagnie de ce jeune prêtre déchiré et à travers des destins aussi divers que tragiques autour de la maladie, Zola nous invite à un voyage de cinq jours passionnant et éprouvant qui a une véritable dimension documentaire et historique. Je suis plus que jamais fascinée par la richesse des romans de l’auteur, et c’est avec un intérêt immense que je vais continuer de suivre Pierre à Rome et à Paris.

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