[Gunma] L’ancienne filature de soie de Tomioka

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Depuis que j’avais eu vent de l’entrée au patrimoine mondial de l’Unesco de l’ancienne filature de Tomioka, j’avais très envie d’aller visiter ce lieu, mais même si ce n’est pas loin de Tokyo, c’était un peu trop sportif en une journée avec Messire. Quand je me suis rendu compte qu’il y avait en plus un temple qui avait l’air vraiment super dans les environs, je me suis dit qu’on avait du coup une excuse pour passer une nuit sur place et que ça réglait ainsi la question de faire l’aller-retour dans la journée !

Au printemps 2017, nous voilà donc partis pour Takasaki, deuxième ville principale de Gunma avec son chef-lieu Maebashi. Takasaki a le bon goût d’être desservie par les lignes de Shinkansen Hokuriku et Jôetsu, nous avons donc choisi cette option grand luxe pour un gain de temps et de confort. On est monté à Ômiya, pour nous c’est plus pratique que d’aller jusqu’au terminus à Tokyo ou même à Ueno vu qu’on est dans l’ouest de la mégalopole. D’Ômiya à Takasaki, ça prend à peine plus de 30 minutes, il faudra ajouter 10 à 20 minutes si vous partez de Tokyo ou d’Ueno (pour référence, le trajet en train local vous prendra au moins deux fois plus de temps !).

Nous sommes arrivés à Takasaki pour l’heure du déjeuner et sommes allés manger des soba dans un restaurant de la gare. Ensuite, direction l’hôtel pour déposer notre petit bagage. Nous avons choisi le Dormy Inn, chaîne testée à Matsumoto et à Wakkanai que nous apprécions beaucoup, notamment car il y a toujours un onsen. L’après-midi, nous sommes allés à la découverte du superbe temple Shôrinzan Darumaji, qui fera l’objet d’un billet ultérieurement. Notre petite virée pour Tomioka a eu lieu le lendemain, après s’être bien rempli l’estomac au buffet petit déjeuner de l’hôtel.

Gunma-chan est à bord ! On l’a revu plusieurs fois dans la journée 🙂

Tomioka a administrativement le statut de ville, mais elle tient plus d’un gros bourg. Elle est située au sud-ouest de Takasaki, et aussi à deux pas de Nagatoro, au détail près qu’il y a des montagnes entre deux :). Pour s’y rendre, nous avons emprunté une petite ligne de train locale, la Jôshin Dentetsu. Avec ses rames courtes pas toutes récentes et son conducteur comme seul personnel de bord, elle m’a rappelé les petites lignes que nous avons pris au centre de Hokkaidô ou à Yatsugatake.

Sur le trajet entre la gare de Jôshû-Tomioka et la filature, on peut trouver différents espaces très fleuris montrant la volonté locale de bien accueillir les visiteurs. Après quelques centaines de mètres, l’imposante façade en briques se dévoile. Bien que je ne sois absolument pas spécialiste, je suis très fan des bâtiments en briques industriels du 19ème siècle, et j’adore en trouver au Japon car si justement ce n’est pas du tout couleur locale, il y a toujours un petit bout d’Histoire particulier derrière, et c’est particulièrement le cas à Tomioka.

La production de soie était une activité clé lors de l’ouverture du Japon au reste du monde dans la deuxième partie du 19ème siècle. La France était le pays qui importait le plus de soie japonaise. Pour développer et moderniser l’industrie de la soie, le gouvernement de Meiji a entrepris de faire construire des filatures, dont une à Tomioka. C’est un Français issu de l’industrie de la soie lyonnaise qui supervisera la construction de la filature de Tomioka et la dirigera à ses débuts. Les machines utilisées pour le dévidage des cocons seront importées, et des ouvrières françaises viendront former les nouvelles ouvrières japonaises. La filature a été rapidement privatisée et a appartenu à différents groupes avant de cesser définitivement ses activités en 1987. Les machines qui sont restées dans l”imposante salle de dévidage ne sont donc pas celles d’origine, mais le site a dans l’ensemble gardé une ambiance fin 19ème très forte. En plus, même si on ne peut pas nier non plus qu’on est au 21ème siècle quand on se promène dans les rues de Tomioka, la campagne autour est toujours là et il y a pas mal de bâtiments assez rétro même s’ils ne sont pas aussi vieux que la filature.

La plaquette de présentation du site remise aux visiteurs est disponible en plusieurs langues, dont le français. Le site de Tomioka a aussi une version française 🙂

Une partie du bâtiment principal accueille une exposition expliquant l’histoire des lieu et le travail de la soie. Le dernier étage du bâtiment abrite les greniers de séchage, eux aussi imposants. A l’arrière du site, il y a un autre bâtiment qui était en travaux lors de notre visite et l’est apparemment toujours actuellement. Au centre du site, il y a un jardin où on trouve toujours des mûriers. Près de l’entrée principale se trouvent des bâtiments résidentiels comme la maison du directeur ou la résidence des formatrices, ainsi que l’infirmerie.

En achetant notre ticket d’entrée, nous avons eu une petite carte pour effectuer un stamp rallye, il y avait en tout quatre tampons disséminés dans quatre points différents du site. En récompense pour avoir rempli cette mission, on a eu des badges à l’effigie de O-Tomi-chan, la mascotte des lieux. Oui, on est dans un site inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, mais on est avant tout au Japon :). Le personnel encadrant les visites m’a semblé être composé avant tout de bénévoles. Aussi prestigieuse que soit la reconnaissance de l’Unesco, apparemment elle est à double tranchant pour les sites industriels comme Tomioka qui sont moins imposants que d’autres sites historiques et un peu isolés. Passé l’engouement suite à l’annonce du classement, la fréquentation semble s’être essoufflée progressivement.

Quelque temps après ma visite, j’ai regardé le drama historique Hana Moyu, qui se passe pendant le bakumatsu et le début de l’ère Meiji. J’ai eu la bonne surprise de voir que le dernier arc de l’histoire se déroulait à Gunma : un des personnages principaux est le gouverneur du département qui vient juste d’être créé (sous le bakufu c’était la province de Jôshû), on nous parle de la filature de Tomioka, mais aussi des fermes à soie et des négociants en soie. J’apprécie toujours quand des liens se font entre mes visites et des oeuvres japonaises quel que soit leur support, et c’était vraiment chouette d’avoir en quelque sorte un contexte reconstitué sur petit écran.

En sortant de la filature, nous avons été déjeuné et j’ai pu découvrir une spécialité de Gunma, les kirikomi. Ce sont des nouilles de blé comme les udon mais plates et très larges, servies dans du bouillon avec plein de légumes. J’ai adoré, et plus tard en visitant Yamanashi j’ai eu la joie de découvrir les houtou, cousins des kirikomi :).

La charrette de Messire parquée illégalement 😀

Avant de quitté Tomioka, nous avons fait un tour à un très beau petit sanctuaire que nous avions repéré en venant de la gare, le sanctuaire Suwa. Un des koma inu avait un véritable parterre de petites fleurs roses, c’était super joli. Takasaki et ses environs sont donc à ajouter à votre liste si vous cherchez une destination tranquille avec à la clé un petit voyage dans l’histoire industrielle du Japon en lien avec l’Occident. Je suis vraiment contente d’avoir pu faire cette visite à mon rythme, et puisque j’apprécie de plus en plus les onsen si je retourne à Gunma ça sera certainement pour ça… et les kirikomi !

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