[Drama] Hana Moyu

taiga hana moyu

Titre japonais : 花燃ゆ
Nombre d’épisodes : 50
Diffusé en : 2015
Chaîne de diffusion : NHK
Fiche : DramaWiki

Après avoir adoré Ryomaden et aussi beuacoup aimé Gou, je n’allais bien sûr pas m’arrêter là avec les taiga, les drama historiques fleuve de la NHK dont la diffusion s’étale sur une année entière. Même s’il y avait plusieurs séries qui me tentaient beaucoup parmi celles déjà diffusées, je me suis lancé le défi fin 2014 de regarder le taiga de 2015 au rythme de sa diffusion car l’idée de voir Inoue Mao dans une histoire se situant au bakumatsu me tentait bien. Je me doutais bien que je ne pourrais pas être chaque dimanche soir à 20h devant ma télé, pour ça aucun problème j’avais mon disque dur enregistreur depuis quelques mois. Mais même dans ces conditions… La date à laquelle je publie cet article parle un peu d’elle-même : cette mission fut un lamentable échec pour pas mal de raisons  que je vais bien sûr expliquer ! 

Hana Moyu nous plonge dans la période si complexe du bakumatsu à travers le personnage de Sugi Fumi, soeur de l’intellectuel Yoshida Shôin qui va croiser au cours de sa jeunesse de nombreuses personnes qui comme son frère vont jouer un rôle dans la fin du shogunat et la restauration impériale. De sa maison natale dans une modeste famille de samourai de Chôshû à la résidence du gouverneur de Gunma en passant par l’intendance du harem d’un daimyô, Fumi va mener une vie hors du commun dans une société en plein bouleversement.

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Inoue Mao fait partie des rares actrices (même à vue de nez avec Miyazaki Aoi) qui après avoir eu le premier rôle d’un asadora a également été choisie par la NHK pour un taiga. Elle est en fait la première actrice japonaise que j’ai découverte, et je garde pas mal d’affection pour elle. Je comprends qu’on puisse ne pas l’aimer, elle n’a pas forcément le meilleur des jeux mais là encore elle s’en tire franchement bien vu la difficulté et la longueur de l’exercice. Il me revient à l’esprit en écrivant ces lignes une anecdote qui ne va peut-être pas vous encourager à continuer votre lecture : les taux d’audience de Hana Moyu ont été médiocres, et si je me souviens bien, l’actrice s’en est plus ou moins rendue responsable et s’en est excusée. Je ne suis pas du tout représentative du spectateur de taiga moyen mais pour moi le souci n’était pas là, comme je le dirai plus bas.

Quand il s’agit de décrire Fumi, il n’y a que des qualificatifs positifs qui me viennent à l’esprit. Dévouée, persévérante, juste… On ne prétend pas nous présenter une personne parfaite. Elle est une femme normale, qui va avoir une vie particulière certes, mais sans pour autant se détacher énormément de la condition des femmes de son époque. Elle n’est pas une héroïne porte-étendard d’une cause, elle n’est pas non plus une petite chose fragile qui subit tout, elle doit surtout traverser un paquet d’épreuves. Avec le recul, je me rends compte qu’il y a plusieurs moments clé dans la vie du personnage très intéressants pour ce qui est du rapport à la maternité.
Comme dans Gou, on est donc assez loin de l’approche classique des drama historiques où le héros est un personnage très célèbre, la majorité du temps un homme, dont les actions ont influé très directement sur le cours de l’Histoire. Cette approche est délicate et a ses limites (j’y reviendrai aussi plus loin), mais elle reste franchement intéressante.

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Celui qui va devenir célèbre sous le nom de Yoshida Shôin et qui est appelé par sa famille par son premier prénom, Torajirô, va donc avoir une grande influence sur la première partie de la vie de Fumi. La jeune fille puis jeune femme va forger sa vision du monde à travers les idées que ce frère qu’elle admire tant expose aux élèves de l’école qu’il va créer. Bien qu’Iseya Yûsuke dispose d’un charisme certain, j’ai eu beaucoup de mal à cerner ce personnage. Certes, il voit loin, il a des idées nouvelles mais il semble souvent un peu trop déconnecté de la réalité et on ne sait pas trop si c’est une cause ou une conséquence de ça !

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Fumi a d’autres frères et soeurs, elle est notamment proche de sa soeur Hisa (Yuka) et le restera toute sa vie malgré une situation assez délicate dans leur jeunesse qui aura également des conséquences bien plus tard. Son frère le plus âgé, Umetarô (Harada Taizô), vit sous le même toi avec sa femme et ses enfants. Enfin, elle veille sur le benjamin de la famille, Toshisaburô (Morinaga Yuki), qui est sourd-muet.

Les Sugi font certes partie de la classe guerrière, mais leur rang est peu élevé et leur vie est donc très simple. Les parents sont d’une grande bienveillance envers leurs enfants, même quand ils choisissent une voie hors du commun voire dangereuse. J’ai beaucoup aimé Nagatsuka Kyôzô et Dan Fumi dans ces rôles.

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Les jeunes samourai de Chöshû qui ont suivi l’enseignement de Shôin ont tous été à une échelle ou une autre des acteurs dans le processus complexe qui a mené à la chute du régime des Tokugawa. Hana Moyu se penche plus particulièrement sur certains d’entre eux, à commencer par Kusaka Genzui, qui a la particularité d’être issu d’une lignée de médecins. Il a perdu toute sa famille dans un laps de temps très court, et se retrouve pris entre ses aspirations politiques et la pratique de la médecine. Même si on comprend qu’il n’ait pas envie de jouer le Bisounours, le personne ne brille pas par sa sympathie et Higashide Masahiro ne m’a pas vraiment convaincue dans ce rôle (il est bien mieux dans Mondai no aru restaurant, qui n’a rien à voir du tout certes ^^).

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Takasugi Shinsaku était un personnage que j’avais déjà beaucoup apprécié dans Ryômaden, où il était justement joué par Iseya Yûsuke. Cette fois, c’est Kôra Kengo qui l’incarne et c’est tout aussi réussi. Autant de charisme, et la manière d’être de Takasugi ainsi que son parcours sont encore plus intéressantes quand on connait son destin (je me dis qu’il mériterait son taiga mais en fait c’est peut-être pas possible :D). Celle qui va devenir la femme de Takasugi, Masa (Kuroshima Yuina), est également un personnage très chouette.

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Parmi les autres élèves de Shôin, on trouve aussi celui qui deviendra le premier Premier ministre du Japon sous le nom d’Itô Hirobumi, joué par Gekidan Hitori. Satô Ryûta, déà présent lui aussi dans Ryômaden, est Maebara Issei. Enfin, Seto Kôji est Yoshida Toshimaro et Kaname Jun, Irie Kuichi.

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Odamura Inosuke est un samourai proche de la famille Sugi qui entretient une relation complexe avec Shöin et ses élèves car il va choisir une voie différente pour faire changer les choses et donne simplement l’impression de collaborer avec le pouvoir en place aux yeux de beaucoup. Sa diplomatie va pourtant se révéler très utile. Après le formidable JIN, Osawa Takao incarne cette fois un personnage qui est vraiment de l’époque Edo si on peut dire, et il est tout aussi convaincant.

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Les circonstances vont faire que notre héroïne va se retrouver au service de la famille Môri, les seigneurs du fief de Chôshû. Le daimyô (joué par Kitaôji Kinya, trop facile j’ai envie de dire !) n’était pas dans les petits papiers des Tokugawa et a fait ce qu’il fallait pour se retrouver dans le bon camp quand il a senti le vent tourner. Toujours est-il que quand Fumi arrive au château, c’est toujours à l’ancienne et elle est là pour participer à l’intendance du Ôoku, le quartier des femmes où résident épouse, enfants et concubines des seigneurs. Après des débuts difficiles, Fumi va lier des liens particuliers avec Gin (Tanaka Rena, très chouette), qui est l’épouse de l’héritier Môri. Belle-maman, l’épouse du daimyô, est elle aussi de la partie et est jouée par Matsuzaka Keiko, qui en impose en tenue traditionnelle. Je me disais que l’actrice devait avoir tourné dans pas mal de taiga, c’est en effet le cas et je crois bien que c’est même elle qui a été la première à y incarner un rôle principal féminin.

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Je pourrais encore citer un petit paquet de personnages clé du Bakumatsu, mais je me contenterai de citer l’incontournable Sakamoto Ryôma, incarné cette fois par Ihara Tsuyoshi et qu’on ne voit pas assez à mon goût (mais oui je sais, il a déjà eu plusieurs fois son taiga ^^). Pour finir ce passage en revue des personnages qui à défaut d’être exhaustif ne sera pas interminable, je citerai deux personnages féminins qui sont plus anecdotiques que tous ces messieurs avec leurs sabres mais m’ont marquée à leur manière. Igawa Haruka est Takasu Hisako, détenue dans la même prison que Shôin (oui, j’étais aussi surprise d’apprendre qu’une prison pouvait être mixte !). Enfin, Fumi va être amenée à croiser le chemin de Tatsuji, une geisha de Kyôto, dans un contexte assez cruel mais franchement intéressant. J’ai beaucoup aimé retrouver Suzuki Anne dans ce rôle.

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Hana Moyu se divise en quatre grands arcs : le premier est centré sur )Yoshida Shôin (épisodes 1 à 17), le deuxième plutôt sur Kusaka (épisodes 18 à 27), le troisième sur l’Ôoku des Môri (épisodes 28 à 36), et le dernier (épisodes 37 à 50) nous emmène pas à l’autre bout du Japon mais presque puisqu’il se déroule à Gunma. Comme je l’ai dit, j’ai eu du mal à me passionner pour Shôin et Kusaka et c’est en partie pour ça que j’ai trouvé les deux premiers arcs un peu longuets. Au bout du compte, il s’agit de voir plus ou moins tous les personnages masculins autour de Fumi mourir les uns après les autres. C’est pas comme si j’étais pas prévenue, c’est l’époque qui veut ça. Mais là où Ryômaden (comparaison inévitable, c’est ma référence dans tous les sens du terme) réussissait il me semble à montrer que OK, même si c’était pour la bonne cause, c’était quand même un putain de gâchis tous ces gens qui se trucidaient, là on reste beaucoup plus dans l’état d’esprit héroïsme, sacrifice et honneur des samourai, notamment avec la notion assez omniprésente de kokorozashi (volonté, ambition, aspiration). Je n’ai jamais eu d’attrait pour la classe guerrière, et plus ça va plus tous les beaux qualificatifs moraux qu’on peut leur associer sont effacés par la violence, le pouvoir, la domination, l’oppression de la majorité et j’en passe.

Le changement radical de cadre était donc bienvenu et j’ai globalement plus apprécié la seconde partie de la série. Dans le château des Môri, on assiste aux derniers moments du système féodal et on devine le bouleversement que cela implique pour les daimyo et autres guerriers de haut rang, même s’ils faisaient partie de ceux qui sont allés dans le sens de ce changement. Notre héroïne quittera l’Ôoku tout simplement parce qu’il va disparaître avec le bakufu.

Le dernier arc nous conduit donc de manière assez surprenante bien loin de Chôshû (l’actuel département de Yamaguchi). Il prend la forme si souvent vue dans des fictions japonaises où un groupe de personnages a pour mission de convaincre un autre groupe de se rallier à sa cause, et tout est bien qui fini bien. Mais vu le contexte, ça reste très intéressant. On y parle en effet développement du commerce et de l’industrie, gros enjeux à l’aube de l’ère Meiji, et plus précisément de la production de soie avec la filature de Tomioka. Avantage de ne pas avoir tenu le rythme de diffusion du drama, du coup j’avais visité l’endroit en question quand j’ai enfin vu ces épisodes donc c’était encore mieux !

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La NHK diffuse tous ses programmes avec des sous-titres en japonais, et comme je l’ai déjà dit cela m’aide beaucoup à suivre les asadora en cours de diffusion. J’ai regardé une bonne moitié de Hana Moyu avec ces sous-titres, mais pour continuer je me suis résolue à trouver des sous-titres en anglais car j’avais du mal à suivre et ça me gâchait le plaisir de suivre la série. Mais clairement, même sans être dans mon cas particulier de non-native de la langue japonaise avec des connaissances en histoire limitées, le drama est difficile à suivre, beaucoup moins abordable que Ryômaden pour citer encore une fois ma référence. Mon autochtone m’a dit que lui aussi il peinait parfois. C’est le lot des drama historiques fleuve d’avoir des pelletées de personnages, et bien sûr on nous redonne leurs noms et on reprécise le contexte régulièrement. Malgré ça, ce n’était pas évident de rester dans le bain. Pouvoir maintenir le rythme d’un épisode par semaine aurait certainement aidé sur ce point ! Mais voilà, en 2015, entre ma grossesse, notre déménagement et la naissance de Messire, il y a eu moins de place pour le petit écran ! Puisque je parlais des noms des personnages, ce qui complique la tâche c’est qu’ils sont nombreux à changer de nom et/ou de prénom au cours de l’histoire. Bien sûr, pour le personnage principal on suit (Fumi change 2 fois de prénom, et également 2 fois de nom ! ^^), pour d’autres pas toujours !

hana moyu

Comme je l’ai dit précédemment, choisir le point de vue d’un personnage historique très secondaire et montrer les événements de son point de vue c’est une bonne démarche, et c’est nécessaire quand on reste à des époques si exploitées que le Bakumatsu ou le Sengoku pour ne pas revoir tout le temps les mêmes personnages archi-connus. Par contre, c’est beaucoup plus délicat d’avoir une cohérence et une continuité. Hana Moyu a été écrit par plusieurs scénaristes, seul le dernier arc a été entièrement écrit par la même personne. Je sais que c’est une pratique courante mais là je ne pense pas que ça a aidé. Je me suis également posé la question de la part de fiction et de faits réels dans le drama : la vie de Sugi Fumi est certainement moins bien documentée que celle de personnages historiques plus connus, donc on sent qu’il a certainement fallu broder et on peut parfois douter que son influence ait été si grande. J’avais dit à propos de Gou que cette “fictionnalisation” n’était pas forcément dérangeante, mais là ça vient s’ajouter à d’autres choses. Et pour en revenir aux taux d’audience pas satisfaisants, je dirais qu’ils sont plutôt dus au fait que le drama est difficile à aborder, et qu’en montrant beaucoup le derrière de la scène il ne correspond peut-être pas assez aux critères de certains spectateurs.

J’en viens à me dire qu’au bout du compte, en diversifiant ainsi son approche du drama historique fleuve et en laissant plus de place aux petites histoires dans la grande, la NHK se rapproche du terrain occupé par son autre genre phare que j’affectionne tant, l’asadora, quand il s’agit d’histoires d’époque. Cela semble se confirmer avec certaines des productions qui ont suivi.

L’OST de Hana Moyu est signé Kawai Kenji, et je pense que si je ne l’avais pas su avant de commencer la série, j’aurais deviné dès les premières secondes du splendide thème de l’opening. Ca claque, presque aussi fort que dans Ghost in the shell ou Avalon ! Je pense que je ne me lasserai jamais de la manière dont le compositeur utilise les choeurs. Le thème principal a bien sûr plusieurs déclinaisons, et la patte de Kawai reste visible pour tous les autres morceaux. Pas mal de mélodies m’ont fait penser à son travail pour Seirei no moribito.

Bon, je crois que je ne m’en suis pas si mal sortie pour parler d’un drama que j’ai regardé sur plus de 2 ans et que j’ai terminé il y a 3 ans ! J’ai pris grand plaisir à me replonger dans l’univers du taiga pour partager mes impressions, c’est donc la preuve que Hana Moyu n’est pas une mauvaise série. A l’image de l’époque qu’elle décrit, elle est complexe et nécessite certainement plus de connaissances historiques pour pouvoir appréhender les différentes figures présentées. Clairement, ce n’est pas la série à choisir si vous voulez tenter un taiga mais que la longueur de ces séries vous fait peur ! Si on laisse de côté la question de la vérité historique pour les détails, le parcours de son héroïne reste passionnant et à travers des différentes périodes de sa vie on peut avoir un bel aperçu de ce qu’était le régime féodal et du changement qu’a constitué la restauration impériale pour des personnes issues de différentes couches sociales.

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